Ministère de la Justice
 

 

13 septembre 2013

Le métier de CPIP

Interview de 2 conseillères pénitentiaires d’insertion et de probation

Dans le cadre du lancement du concours de recrutement de CPIP, Perrine et Adeline, CPIP en milieu fermé et ouvert, reviennent sur les raisons qui les ont poussées à choisir ce métier, leurs missions dans leurs quotidiens et leurs souvenirs les plus marquants. Elles donnent aussi quelques conseils aux candidats qui souhaitent passer le concours.

 

Perrine a suivi un parcours qui ne la destinait pas à première vue aux métiers du service public. Avant d’intégrer le corps des conseillers pénitentiaires d’insertion et de probation (CPIP), elle a obtenu un DUT mention techniques de commercialisation en alternance, puis elle a été formée au métier de manager en grande distribution. Son diplôme en poche, elle se trouve trop gentille pour cet univers.

Elle poursuit donc ses études, intègre une licence d’administration qu’elle complétera plus tard par un master 2 de droit mention droits des hommes et exécution de la crédit photo Ministère de la Justicepeine et passe les concours de la fonction publique. Aujourd’hui Perrine travaille en milieu fermé (en établissements pour peine) et accompagne les personnes détenues condamnées à de longues peines dans leur projet de sortie.

Après l’obtention d’une maîtrise en droit mention carrière judiciaire, Adeline, elle, s’inscrit à différents concours de la fonction publique dont celui de CPIP. A l’époque l’univers carcéral lui était totalement étranger. Après avoir passé 5 ans en maison d’arrêt, elle accompagne désormais les personnes qui sont sorties de détention, placées sous main de justice, dans leur projet de réinsertion.

1- Pourquoi avez-vous choisi de devenir CPIP ?

Adeline : «C’est par hasard que j’ai découvert ce métier et ses multiples facettes. J’ai passé plusieurs concours de la fonction publique (j’ai d’ailleurs été admise aux épreuves d’admissibilité de lieutenant de police) mais j’ai finalement choisi le métier de CPIP. Ce métier permet aussi bien d’être dans la prévention de la récidive (travail sur le sens de la peine, rappel de la loi, prise en compte des victimes et de la société civile) que dans l’insertion (prise en compte du parcours individuel de chaque personne, de ses difficultés économiques, sociales et /ou professionnelles).
La juriste de formation que je suis, trouve dans ce métier, le cadre pénal dont j’ai besoin et le contact humain que j’apprécie.

Perrine : «Comme j'avais déjà un BAC +2, un ami m'a proposé de passer le concours de CPIP pour m'entrainer. Aujourd'hui je me dis qu'il n'y a pas de hasard et je ne vois pas trop ce que j'aurais pu faire d'autre.

Initialement, je voulais un emploi de «terrain». Je ne voulais pas être statique et effectuer des tâches répétitives. Je voulais aussi un emploi qui me donne la sensation d’être utile.


En étant CPIP je n'ai pas de journée identique à la précédente. Je suis à la fois sur le terrain, en contact avec des personnes détenues et leurs familles, des partenaires associatifs ou institutionnels, les collègues travaillant en détention (personnel de surveillance) et aussi les magistrats».

 

2- quelles sont vos missions dans le cadre de votre travail ?

Adeline : «Je travaille actuellement en milieu ouvert, c’est à dire dans un service pénitentiaire d’insertion et de probation où les personnes condamnées sont sorties de la détention mais restent placées sous main de justice.

En milieu ouvert, le facteur temps est très différent, une mise à l’épreuve, un suivi socio-judiciaire s’échelonnant souvent sur plusieurs années.

Mon travail consiste à veiller à ce que soient bien respectées les obligations prononcées par le juge de l’application des peines (JAP) à l’encontre des personnes placées sous main de justice (par exemple : se soigner, trouver un travail, indemniser les victimes). J’accompagne également les personnes dans leur réinsertion car c’est en travaillant aussi sur leurs difficultés sociales (absence de logement), professionnelles (absence de qualification, de travail) et/ou médicales (addictions) rencontrées ponctuellement ou non que la prise en charge permet de prévenir ou de limiter les risques de récidive. Cette dernière ne peut se faire seule et nos publics ont besoin, parfois, de cet accompagnement pour s’en sortir, se reconstruire ou se construire tout simplement».

Perrine : «Je travaille en détention avec des personnes condamnées à de longues peines. Pour ce public, un parcours d'exécution de peine est organisé. En fonction de la date de fin de peine, des envies et des capacités de la personne détenue, des objectifs sont fixés. Dès l'entretien arrivant nous donnons des échéances. Je fixe systématiquement un rendez-vous pour l'année suivante afin de constater l'intégration de la personne au sein de l'établissement (travail, scolarité, mise en place des paiements aux parties civiles, prise en charge psychologique...) et cela peu importe le temps de la peine restant. La réinsertion se prépare dès l'arrivée. La grosse différence avec le milieu ouvert, c'est le temps qui nous permet de bien connaître la personne détenue, son parcours, sa famille, ses acquis et ses attitudes. Je peux travailler sur la globalité de son parcours de vie afin d'évaluer et concevoir un projet cohérent qui permettra à cette personne détenue de se réinsérer dans la société.

 

3- Qu’est-ce que vous apporte votre métier dans la vie de tous les jours ?

Adeline : «Mon métier m’offre au quotidien la possibilité de travailler avec des Crédit photo ministère de la Justicepersonnes de différents horizons (personnes condamnées, partenaires associatifs, magistrats). Chaque mesure est différente et aucune mise à l’épreuve, aucun travail d’intérêt général (TIG), aucune libération conditionnelle ne se ressemble. On apprend tous les jours sur les autres et sur soi. Ce métier force la persévérance et la modestie.

Pourtant, il montre un aspect sombre et parfois lugubre de ce que l’homme est capable de faire. Le travers est que l’on peut avoir tendance, parfois, à voir le mal partout. Il ne faut jamais oublier que le CPIP n’est pas là pour juger, pour condamner ou pour plaindre la personne dont on a en charge le suivi. Travailler sur des situations précaires voire dramatiques nécessite d’adopter un bon positionnement professionnel. Le travail en équipe est essentiel sur ce point et permet d’échanger pour prendre de la distance et se préserver.

Dans mes missions de tous les jours, je m’efforce d’apporter un soutien car pour devenir un citoyen respectueux des lois, la personne a besoin d’être conseillée, écoutée, orientée voire recadrée, sermonnée même. Parfois, leur désir de changement correspond au temps de la mesure et notre rôle devient un peu celui d’un «guide» socio-judiciaire. Malheureusement, il se peut aussi que la personne ne soit pas encore prête à évoluer, à changer et notre rôle sera là plus répressif.

Perrine : «Mon métier me permet une perpétuelle remise en question. Je rencontre des personnes aux parcours tellement différents que chaque situation appelle à une individualisation de la prise en charge. J'espère que chaque détenu que j'aurais pu accompagner vers une sortie structurée aura pu se reconstruire sereinement et s'ancrer définitivement dans la société».


4- Avez-vous un souvenir, une expérience marquante au cours de vos missions où vous vous êtes sentie utile ?

Adeline : «De jolies choses peuvent se produire et c’est bien là toute la magie de notre métier ! Je pense forcément à une personne condamnée à une peine d’emprisonnement ferme et à une mise à l’épreuve pour des faits de vols, conséquences d’une addiction ancienne et importante à l’alcool. Son enfance, sa vie, rien ne lui a vraiment sourit. Sa peine de prison a été convertie en travail d’intérêt général (TIG), peine qu’elle a exécutée de façon exemplaire.

Au travers de ce TIG, cette personne a pris conscience qu’elle savait faire des choses, qu’elle pouvait faire des choses bien. Elle a recommencé à se lever le matin pour aller travailler. Durant la mise à l’épreuve, cette personne a su écouter les conseils prodigués. Elle a suivi un programme pour se sevrer de l’alcool. À la fin de cette mise à l’épreuve de 2 ans, elle s’est reconstruite. Sans son énergie et son désir de changement, aucun de nos conseils n’auraient trouvé d’écho.

Mon aide s’est résumée à l’accompagner, à l’encourager dans ses démarches et à la recentrer lorsqu’elle s’éloignait de l’objectif fixé. Cette personne est redevenue acteur de sa propre vie et j’avoue être fière d’en avoir été le témoin».

Perrine : «Je me souviens particulièrement d’un homme condamné à la réclusion criminelle à perpétuité. On me le décrivait comme résigné qui se laissait porter par la détention. Il avait pourtant repris un temps les études et était connu pour son investissement dans les arts plastiques au sein de l’établissement.

Quand je l'ai rencontré, il avait peur de retourner dehors et finalement nous avons réussi à lui proposer un projet d'aménagement de peine. Il est devenu bénévole dans une maison de quartier.

Il aide à l'organisation et l'intendance de cette structure en faveur des personnes défavorisées et arrive à gagner sa vie en vendant ses peintures. Il m'appelle tous les ans pour me raconter son évolution. Cette personne a réussi à purger sa peine de manière constructive et aujourd'hui elle apporte, en quelque sorte, sa contribution à la société. Ce genre de cas n'est pas rare car la plupart des personnes détenues condamnées à des longues peines arrivent à retrouver une place dans la société si elles sont accompagnées dans leur projet».

 

5-Quels conseils donneriez-vous à un candidat au concours de CPIP ?

crédit photo ministère de la JusticeAdeline : «Il faut aimer l’humain, le travail en équipe, le droit, le social, les challenges, les difficultés, échanger, écouter, réfléchir mais aussi le côté administratif (écrire des comptes rendus d’entretien sur l’ordinateur).

Il faut être modeste, polyvalent, dynamique, constant, authentique, capable de recadrer et bien dans ses baskets !»

Perrine : «Je conseille à tous les candidats CPIP d'être ouverts sur le monde qui les entoure pour se débarrasser de tous leurs préjugés, c'est un métier surprenant! Evidemment une bonne préparation aux techniques du concours de la fonction publique reste nécessaire pour réussir le concours».

>>  Voir la présentation du métier de CPIP
>> Voir la vidéo de présentation d’un SPIP
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>> S’inscrire au concours de CPIP
>> Ecouter le témoignage d'une CPIP

 

Des moyens supplémentaires pour lutter contre la récidive

 
 
  

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