[Archives] Rentrée solennelle de la Cour d'Appel de Lyon

Publié le 21 mars 2013

Discours de Madame Christiane Taubira, garde des Sceaux, ministre de la Justice

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Je dois avouer que j’éprouve un grand plaisir à participer à cette cérémonie d’inauguration d’une telle splendeur après avoir écouté avec grande attention et grand intérêt Monsieur le Président et Monsieur le Procureur général, vous les maîtres des lieux. Ceux qui vous obligent.  J’éprouve un plaisir particulier à participer à cette cérémonie en  présence de Madame la Ministre des Droits des Femmes, Najat VALLAUD-BELKCACEM, que je salue avec beaucoup de plaisir bien entendu mais avec une amitié très forte, à être là aussi à vos côtés Monsieur le Sénateur-maire de la ville de Lyon. A être aux côtés de Monsieur le Ministre, ancien Garde des Sceaux, président du Conseil général jusqu’au 5 janvier récent. Je lui soufflais tout à l’heure que le cumul a parfois des vertus puisque ce projet a été porté par la Chancellerie et par le Conseil général mais je crois que les périodes n’étaient pas concomitantes. C’est une vertu supérieure encore. Je veux saluer en particulier Monsieur le Président du Conseil régional. Mesdames et Messieurs les Parlementaires, députés, sénatrices et sénateurs, députées européennes, Mesdames et Messieurs les élus  locaux, Monsieur le Président de région.

Ma présence ici illustre tout simplement la continuité d’Etat ; c’est un des grands atouts de la République et une des grandes forces de la démocratie. Après la brillante allocution que vous avez entendue, vous savez tout en fait sur l’histoire de ce Palais de Justice et les complications de sa restauration. Je pourrais simplement en un envol, me contenter de vous dire à quel point voir la justice hébergée dans un tel lieu est profondément réconfortant. D’autant qu’il est assez singulier avouons-le d’inaugurer un monument historique ; celui-ci construit de 1835 à 1847 avec toutes les péripéties que vous avez évoquées, Messieurs les chefs de Cours, construit sous Louis Philippe, parce cet immense architecte qu’était effectivement BALTAR, est inscrit au patrimoine de l’Humanité, de l’UNESCO depuis une quinzaine d’années, vraiment ; vous l’avez  rappelé Monsieur le Sénateur-maire.

C’est vingt dernières années, selon ce qu’il apparait  à partir des dossiers, ce bâtiment a été assez peu entretenu de sorte qu’il était nécessaire de procéder à une réhabilitation complète et c’est ce qu’ont été capables de faire le Ministère de la Justice et le Conseil général, de façon à ce qu’à partir de ce programme donné à prestations, nous puissions aujourd’hui nous retrouver dans ce bâtiment aussi bellement rénové.

C’est un accord qui a été signé en 2003 et c’est heureux, et comme vous l’avez rappelé Monsieur le Premier président il a été précédé par une mobilisation importante des citoyens lyonnais.

Je voudrais m’arrêter un très court instant sur l’importance de ces rénovations historiques parce que ce sont des opérations extrêmement difficiles  à programmer, déjà par la nature même de ce qu’elles sont.  Mais aussi du fait de toutes les urgences qui nous incombent. Alors les crédits immobiliers, d’ailleurs les services judiciaires étaient essentiellement consacrés  à pallier les conséquences de la réforme de la carte judiciaire de 2008, j’ai souhaité pour 2013 préserver de quoi procéder à la rénovation d’autres monuments historiques notamment à Strasbourg, à Poitiers ou à Caen. Je pense qu’il était extrêmement important que nous puissions évidemment entretenir notre parc judiciaire, notre parc immobilier judiciaire, mais il est important aussi, comme cela a été fait ici, que nous puissions articuler la force de l’Histoire avec tout l’héritage que nous porte aussi l’Histoire, l’esthétique parce qu’il y a une pensée, une architecture particulière sur ces monuments historiques et bien entendu la modernité.

A Lyon c’est bien ce qui a été fait ; cette articulation entre l’Histoire, l’esthétique, la modernité et c’est par la volonté conjointe de tous ces opérateurs qui ont su combiner leurs talents différents, les talents de conception, les talents d’opérations, les talents de suivi et de conduite des travaux et les talents surtout d’intégration de la fonctionnalité de ce monument, malgré son Histoire, malgré sa date de création.

C’est un chantier qui a été conduit dans les délais – quatre ans. Qui a été contenu dans le budget prévu. C’est assez important pour que je vous en fasse une propagande effrénée sur l’ensemble du territoire. Ce à quoi je m’emploierai très vite. C’est une conception qui a permis de concilier la rénovation et la mise en valeur d’un patrimoine  architectural exceptionnel avec la nécessité de travailler, de rendre la justice aujourd’hui, au troisième millénaire. Et donc de créer les conditions d’accueil des justiciables,  des conditions plus que de dignité… de dignité et de plaisir et des conditions plus que correctes de travail pour les magistrats, pour les greffiers et pour les autres… Cette combinaison à la fois de la beauté et de la fonctionnalité nous permet de regarder la justice avec bien entendu la nécessaire gravité de ce que représente l’œuvre de justice mais aussi avec l’importance de la beauté, du plaisir que nous devons savoir introduire dans la vie quotidienne et citoyenne.

C’est dire qu’en fait, c’est d’abord par sa façade qu’un Tribunal indique au justiciable ce qui le sépare de l’acte de justice. Un acte majeur, puisqu’il est accompli et rendu au nom du peuple français. Il doit donc conserver toute sa majesté, toute sa solennité. Mais il doit, parce que, justement, il est accompli au service des citoyens, il doit aussi être attentif à la proximité, à l’écoute due au citoyen au nom de ce service républicain que lui assure l’Etat.

Nous avons ici parmi nous le Premier président honoraire TRUCHE de la Cour de Cassation qui fut Procureur ici lors du procès Klaus BARBIE, qui, vous l’avez rappelé, a eu droit à l’attention du monde entier. Cette Cour a connu également le  procès MAURRAS qui a été un procès extrêmement instructif au sortir de la guerre ; nous avons dans ce bâtiment, à son entrée, dans ce monument, avec ses 24 colonnes, une architecture que l’on n’ose plus. Cette architecture que l’on n’ose plus et cet intérieur de ce monument que l’on ne conçoit plus non plus ainsi prennent une place particulière.

Dans cette combinaison, alchimie de la majesté, de la solennité, de l’œuvre de justice, avec proximité, cette écoute, cette attention dues aux justiciables. Cette justice, pour laquelle nous avons le plus grand respect, cette justice qui pèse si lourdement sur vos épaules de magistrats, cette justice qui est rendue grâce à l’œuvre particulièrement méticuleuse qu’apportent les greffiers de nos juridictions ; cette justice qui, en service public, est accomplie  par des fonctionnaires les plus modestes de toutes nos juridictions ; cette justice qui permet aux justiciables, aux citoyens d’avoir confiance dans l’Etat, mais surtout d’appeler l’Etat au secours. 

Lorsqu’elle peut se rendre dans un lieu aussi agréable, sans aucun doute, nous contribuons à la dédramatiser. Elle doit être protectrice tout en étant rigoureuse ;  elle doit être accessible ;  elle doit être diligente. C’est ce à quoi se rendent responsables au quotidien les magistrats ; ces magistrats auxquels nous  veillons à apporter l’indépendance qui leur permet non pas de s’installer dans leur propre confort mais par l’impartialité de leur jugement d’apporter toutes les garanties nécessaires aux justiciables. Cette indépendance, elle est une nécessité, elle est un bien précieux et nous en reconnaissons le besoin, sans état d’âme, sans hésitation, parce que nous savons que votre attachement aux règles déontologiques et éthiques qui inspirent votre action et qui guident vos décisions sont la plus belle garantie que puisse apporter l’Institution judiciaire aux plus modestes des justiciables.  FIN**