[Archives] Présentation du dispositif de parrainage

Publié le 14 décembre 2005

Discours de Pascal Clément, ministre de la Justice, garde des Sceaux

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Mesdames et Messieurs,

Je suis heureux de vous présenter aujourd’hui le projet du parrainage qui me tient particulièrement à cœur.

Il y a dix ans, dans la Loire, j’avais déjà constitué un réseau de parrains issus de la société civile. Ces hommes et ces femmes se sont engagés à ouvrir à des jeunes diplômés les portes de leur entreprise, en leur offrant une première expérience professionnelle. Monsieur Ingardia, présent ce soir m’a apporté un concours extrêmement précieux pour mettre en œuvre ce dispositif.

Le 12 septembre dernier, je me suis rendu à Saclas, dans un restaurant tenu par une association habilitée par la Protection Judiciaire de la Jeunesse. J’y ai vu des jeunes courageux, prêts à rompre le cercle vicieux de la délinquance dans lequel ils s’étaient enfermés. Mon ami, le chef cuisinier Pierre Gagnaire, qui m’accompagnait, a, de sa propre initiative, proposé de prendre dans son établissement un de ses jeunes. Il est aujourd’hui à mes côtés et je le remercie de son engagement.

Pourquoi l’a-t-il fait ?

Comme nous tous, il est conscient que la société civile doit se mobiliser pour faire une place aux jeunes, surtout à ceux qui ont raté une marche de la vie.

Comme nous tous, il sait que la réinsertion exige au préalable l’insertion professionnelle.

Il sera en toute logique le parrain de cette action. Sophie de Menthon, présidente d’Ethic, en sera la marraine. Elle a, dès l’annonce du projet, manifesté son soutien et a entraîné d’autres chefs d’entreprise à sa suite.

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Quel est mon objectif en menant cette action?

Je suis, c’est vrai, préoccupé par l’évolution de la délinquance des mineurs. En 2004, près de 81 000 mineurs délinquants ont été présentés devant les juges des enfants soit 2,5 % de plus qu’en 2003. Lors des récentes violences urbaines, le gouvernement est parvenu à rétablir l’ordre sur tout le territoire national. L’état d’urgence, l’action efficace des services de police et de gendarmerie ainsi que la réactivité de la Justice nous ont permis de canaliser les débordements.

Nous devons désormais œuvrer ensemble en faveur de la prévention de la délinquance.

Comment y parvenir?

En donnant des repères à ces jeunes, en évitant le premier passage à l’acte et en détectant les signes parfois avant-coureurs de la délinquance que peuvent constituer par exemple l’absentéisme scolaire ou la toxicomanie, en agissant très en amont. C’est l’action quotidienne de la Protection Judiciaire de la Jeunesse. Avec patience, elle aide également les mineurs en danger à se reconstruire. Confrontée à un public difficile, à des jeunes en déshérence, elle remplit avec dévouement la mission qui lui a confié le service public de la Justice. Aujourd’hui, plusieurs des directeurs régionaux et le directeur central de la protection judiciaire de la jeunesse sont présents pour manifester leur adhésion sans faille à ce projet.

Mais aucune administration ne peut obtenir de résultat sans partenaires.

Si nos partenariats sont déjà nombreux, avec l’Education Nationale, le Ministère de la Santé, et bien entendu avec le secteur associatif, la réinsertion des jeunes placés sous main de justice ne peut être du ressort exclusif de l’Etat. C’est une mission qui concerne chacun d’entre nous.

C’est pourquoi je propose aux chefs d’entreprise, aux professions libérales, aux artisans et à tous les cadres de la Nation de parrainer un jeune confié à la PJJ. En lui donnant de son temps, en lui ouvrant de nouvelles perspectives, en l’aidant dans sa recherche d’emploi, chacun pourra contribuer à garantir la cohésion sociale.

Dans cette action de parrainage, nous nous appuierons sur toutes les bonnes volontés. Les premières entreprises qui s’engagent dans le parrainage sont pour certaines à mes côtés ce soir notamment le groupe Vedior France. Le groupe Andros ainsi que Siges filiale de Sodexho ou encore Gepsa filiale de Suez ont répondu positivement à notre sollicitation.
Je voudrais également remercier le conseil supérieur du notariat et la chambre nationale des huissiers de justice qui s’associent à cette démarche et témoignent de la volonté d’ouverture des professions judiciaires. Je voudrais remercier tous les réseaux professionnels qui nous ont rejoints, tels que les associations d’anciens élèves de l’ESCP-EAP, des Arts et Métiers et de l’ESSEC, le Rotary, Entreprise et Progrès ainsi que Femmes, Débats et Société.

J’ai écrit récemment aux présidents de Chambre de Commerce et d’Industrie et aux présidents de Conseils Généraux pour leur demander d’aider la Justice. Je sais qu’ils sont actuellement très actifs et détectent les futurs parrains au niveau local. Je les en remercie. Je souhaite en outre que ce dispositif s’étende bientôt aux entreprises artisanales.

Je ne voudrais pas oublier les associations qui serviront de relais aux parrains et seront les accompagnateurs des jeunes dans leurs relations avec les services de l’emploi. Je salue en particulier l’association Agir abcd qui nous fera profiter de sa très grande expérience en ce domaine.

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Tous ces membres de la société civile se mobilisent pour que la réinsertion des jeunes passe avant tout par l’emploi.

Il n’y a pas de soutien possible aux mineurs en difficulté sans insertion durable dans la vie professionnelle et sans apprentissage de la valeur travail. Le chômage et l’inactivité sont des escaliers du désespoir.

L’insertion professionnelle des jeunes en difficulté suivis par le ministère de la Justice repose sur une triple démarche :

  • L’initiative du jeune tout d’abord qui doit se manifester par un projet personnel et une prise de conscience que l’avenir se construit par des efforts quotidiens. Seront concernés les mineurs de 13 à 18 ans, mais aussi les jeunes majeurs de moins de 21 ans qui sont suivis par la PJJ.
  • L’intervention de la PJJ qui orientera les jeunes dont elle a la responsabilité vers leurs parrains.
  • L’intérêt des chefs d’entreprise, qui auront une double mission: tout d’abord accompagner les jeunes pour leur faire prendre conscience de leurs talents en les encourageant, en les conseillant et ensuite promouvoir les jeunes pour les insérer dans la vie professionnelle.

Je suis persuadé que lorsqu’une relation de confiance naît entre un jeune et son parrain, des opportunités se créent, parfois dans l’entreprise du parrain, parfois dans une autre où il aurait des relations. N’ayons pas peur d’accueillir ces jeunes dans la vie économique, ils sont prêts à rendre des services valables et valorisants.

La décision du Premier ministre, Dominique de Villepin, d’offrir à un jeune la possibilité d’entrer en apprentissage dès ses 14 ans, est à cet égard une chance pour la réussite du parrainage.

Quelles sont maintenant les prochaines étapes du parrainage ?

Au cours du mois de janvier, les magistrats et fonctionnaires du Ministère de la Justice adresseront à leurs correspondants cette carte de vœux. Relayant ce message, que je vous délivre aujourd’hui, elle les incitera à parrainer un jeune.

Le Ministère de la Justice n’est pas seulement un Ministère de la sanction, il est également le Ministère de la réinsertion. C’est pourquoi j’ai décidé que la chancellerie mettrait ses bâtiments au service de ce projet.

Dans un instant, j’allumerai le dispositif visuel sur le parrainage, qui animera la Place Vendôme pendant un mois et rappellera à chacun la mobilisation de la Justice en faveur de cette action.

Je réunirai enfin les premiers parrains à la fin du mois de janvier afin que, dès le 1er février 2006, des jeunes rencontrent leurs parrains.

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Mesdames et Messieurs,

Le Ministère de la Justice s’engage aujourd’hui dans une action de longue haleine. Je souhaite qu’elle s’inscrive dans la durée, comme l’est tout travail éducatif. Elle bénéficiera d’un suivi important et sera évaluée pour en mesurer les effets.

Ainsi, nous pourrons, tous ensemble, participer à la reconstruction du lien social.

Je vous remercie de votre attention.