Ministère de la Justice
 

 

21 septembre 2010

Les symboles de la Justice


Déesse de la Justice, Thémis la représente grâce à de nombreux symboles qui lui sont associés. La balance, le glaive sont les plus connus mais le bandeau, le genou dénudé et la main de Justice sont aussi attachés à l'institution judiciaire.

THÉMIS ET SES ATTRIBUTS

Themis, déesse et allégorie de la Justice © Dicom - C. MontagnéDéesse grecque, fille d'Ouranos et de Gaïa (respectivement le ciel et la terre), Thémis représente la Justice immanente et l'ordre établi. En grec, Thémis signifie d'ailleurs " loi divine". Épouse et conseillère de Zeus, elle reste à la droite de son trône. Elle veille au bon rapport des dieux entre eux et a le don de prédire l'avenir. Son équivalent dans la mythologie romaine est Justitia.

Allégorie de la Justice et du droit, elle est généralement représentée avec une épée ou un glaive à la main, symbole du châtiment, une balance dans l’autre, pour l'équilibre qu'elle maintient, et les yeux bandés en signe d’impartialité.

Il existe d'autres symboles de la Justice, moins connus mais tout aussi anciens, comme le genou dénudé. Certains ne sont pas directement associés à Thémis, c'est le cas des Tables de la Loi et de la main de Justice.

 


LA BALANCE

Détail d'un plafond du parlement de Bourgogne, siège de la cour d'appel de Dijon © Dicom - J. Jaunet


Dans les religions monothéistes, la balance représente le jugement ultime. Job, personnage de la Bible dont l'histoire pose le problème du mal qui s'attaque au juste, exprime ainsi sa demande de justice devant Dieu : « Que Dieu me pèse sur des balances justes et il connaîtra mon intégrité ».

Ce sont véritablement les religions polythéistes de l'Antiquité qui se sont appropriées ce symbole en le sacralisant : l'Égypte ancienne a fait de la balance l'instrument de pesée des âmes. Anubis, dieu des Morts, accompagné de la déesse Maât, soupesait les cœurs des défunts sur un plateau pour révéler leur pureté. Lorsque leur poids était inférieur à celui d'une plume, la vie éternelle leur était accordée.

 

QUE SIGNIFIE CE SYMBOLE ?

Les notions d'équilibre, d'harmonie et d'ordre président à l'existence de la Justice ; la balance caractérise ces trois aspects et les matérialise en trois interprétations différentes suivant l'inclinaison des deux plateaux.

C'est sur ce mécanisme de la pesée que ce symbole s'est construit à travers l'Histoire. Si les décisions de Justice étaient allégoriquement stables sur le balancier, elles étaient automatiquement considérées  comme équitables.

 

 

LE GLAIVE

Épée de Justice © Dicom - C. Montagné« Le glaive de la justice n'a pas de fourreau ». Cette citation du philosophe et homme politique Joseph de Maistre (1753 - 1821) résume toute la force de ce symbole, à savoir le combat ardent, âpre et incessant contre l'injustice.

L'épée de Justice trouve sa source dans la mythologie grecque où elle est un des attributs de Némésis, déesse de la vengeance ; elle symbolise l'aspect répressif de la Justice et l'application des peines.

Les croyances romaines ont ensuite remplacé cette épée par le glaive, arme de prédilection de la Légion, pour son double tranchant. Impartiale, la Justice peut frapper en faveur ou en défaveur de chacune des parties au litige.

À la chute de l'Empire romain, la trace du glaive se perdit peu à peu et ce dernier ne réapparaîtra qu'au XIIIe siècle dans les enluminures des livres du Moyen Âge.

Par la suite, l'épée de Justice fut reprise par le pouvoir royal qui en fit l'un de ses symboles absolutistes tandis que le glaive rappelait continuellement la puissance de l'État souverain sur les Hommes.

 

QUE SIGNIFIE CE SYMBOLE ?

Le glaive et l'épée de Justice sont avant tout des symboles de puissance qui se démarquent de la balance, symbole d'équité non-violent. Sans force pour appliquer les décisions, la balance est inutile, ces deux armes symbolisent cette fonction.

Les deux armes sont des instruments de la vérité agissante ; à ce titre, elles rappellent pour les professionnels du droit que le pouvoir de juger consiste à examiner et peser, mais aussi trancher et sanctionner.

 

 

LE BANDEAU

Thémis aux yeux bandés © Dicom - C. Montagné


Fine couche de lin recouvrant les yeux de Thémis, le bandeau est clairement une représentation de l'impartialité. La Justice se doit d'être rendue objectivement, sans faveur ni parti pris, indépendamment de la puissance ou de la faiblesse des accusés. La cécité est alors la meilleure façon de garantir cette impartialité.

Le symbole du bandeau recouvrant les deux yeux fut initialement associé à la déesse grecque du destin, Tyché, puis repris par son équivalent romain Fortune, déesse de la chance.

Quelques siècles plus tard, le bandeau est pleinement associé à la Justice : les premières pièces de monnaie frappées dans la Rome antique montraient la déesse Justitia, transposition romaine de Thémis, tenant le glaive et la balance, avec pour la première fois les yeux bandés.

 

QUE SIGNIFIE CE SYMBOLE ?

À part l'impartialité, le bandeau permet à la Justice de ne pas voir les personnes qui se présentent devant elle. Ainsi, allégoriquement, la Justice ne peut ni deviner de quel côté penche la balance ni trancher par le Glaive dans la bonne direction : elle devient alors seulement mécanique.

Comprise de manière négative, cette conception peut renvoyer à une Justice aveugle aux réalités de la société et peu préoccupée par les situations personnelles des justiciables. Pour éviter cela, le principe d'équité retire temporairement le bandeau des yeux de la Justice pour que celle-ci regarde pleinement les personnes auxquelles s'adressent les règles de droit et agisse en conséquence.

 

 

AUTRES SYMBOLES
LES TABLES DE LA LOI

Représentation des tables de la Loi dans le salon des oiseaux de l'hôtel de Bourvallais © Dicom - J. Jaunet


Associées à l'idée que la loi vient de Dieu, les Tables de la Loi ont acquis une valeur profane remarquable en 1789 lorsque les révolutionnaires les ont choisies pour asseoir la nouvelle place de la loi. Source d'inspiration depuis la fin du XVIIIe siècle, les Tables de la Loi ornent aujourd'hui la plupart des édifices de la Justice en France, gage d'un attachement sans précédent à ce symbole du droit.

C'est à la Bible hébraïque que se rattache le symbole des Tables de la Loi, définies par les livres sacrés de l'Exode et du Deutéronome comme des tables en pierre sur lesquelles Dieu a gravé les Dix Commandements remis à Moïse.

Les tables furent ensuite placées dans la légendaire Arche d'alliance qui trôna pendant de nombreuses années dans le Temple de Salomon à Jérusalem, véritable emblème du pacte divin entre Dieu et son peuple. Depuis l'Antiquité, les notions de rapprochement et d'alliance sont donc inhérentes à ces tables ; les premiers accords politiques et militaires entre les puissances de l'ancien Orient étaient d'ailleurs établis sur des tables en pierre installées dans les temples religieux respectifs afin qu'ils puissent être lus à tout moment par tous.

 

QUE SIGNIFIE CE SYMBOLE ?

Paradoxalement, les Tables de la Loi ne sont pas rejetés commes les autres symboles religieux par les révolutionnaires. Ceux-ci s'en servirent comme l'un des fers de lance de leur idéologie ; très clairement, c'est le terme de « Loi » qui a séduit, devenant ainsi porteur d'un message fort : une loi juste et égale pour tous au contraire de l'arbitraire royal.

Ainsi, la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen adoptée le 26 août 1789 est représentée comme inscrite sur des Tables de la Loi.

Les Tables de la Loi furent reprises jusque dans les édifices républicains comme les mairies, décors des tous nouveaux mariages laïcs et civils de la Révolution, en remplacement des traditionnelles statues chrétiennes et des églises, ainsi que dans les lieux de Justice.

Exemple probant, l'emblème des Tables de la Loi figure parmi les ornements de la Cour de cassation ; dans la Chambre du Conseil, la salle d'audience ainsi que l'atrium des premiers présidents ou vestibule d'entrée du public.


Main de Justice, galerie des portraits de l'hôtel de Bourvallais © Dicom - C. MontagnéLA MAIN DE JUSTICE

La main de Justice fut jusqu'en 1792 l'emblème du pouvoir judiciaire des rois de France conféré par Dieu. Le roi est représenté par le pouce, la raison par l'index, la charité par le majeur et la foi catholique est symbolisée par l'annulaire et l'auriculaire.

C'est seulement à partir du XIIIe siècle que la main de Justice s'imposa comme un symbole indissociable du pouvoir royal.

En 1226, à la mort de Louis VIII, sa veuve Blanche de Castille s'empressa de faire sacrer son fils Louis IX (plus connu sous le nom de Saint-Louis). Lors de son couronnement, il est remis au jeune roi un bâton de commandement décoré à son extrémité d'une main en ivoire ayant trois doigts étendus.

L'emblème a ensuite perduré chez les descendants du souverain en partie grâce à sa célèbre œuvre de Justice, rendue sous un chêne. La main de Justice était conservée sous la royauté à l'Abbaye de Saint-Denis.

 

QUE SIGNIFIE CE SYMBOLE ?

Lors de la cérémonie du sacre, on plaçait traditionnellement le sceptre royal dans la main droite du souverain et la main de Justice dans la gauche. Le symbole rappelle que le roi est la source de toute Justice : à ce titre, il peut évoquer n'importe quel procès intenté à l'intérieur de son royaume et prendre lui-même la décision qui sera immédiatement exécutée sans discussion ni possibilité d'appel.

Cette charge de juge suprême a permis politiquement aux premiers Capétiens d'asseoir la domination royale sur d'autres seigneurs parfois plus puissants et de devenir véritablement les premiers personnages du pays.

À l'aube de la Révolution, ce pouvoir fut de plus en plus discuté par les Parlements (nom donné aux tribunaux à l'époque), notamment sous le règne de Louis XV. Il fut ensuite placé au second plan par la Constitution du 3 septembre 1791 pour être finalement supprimé définitivement en même temps que tous les autres pouvoirs royaux le 10 août 1792.

 

LE GENOU DÉNUDÉ

Détail d'un portrait de Louis XIV par Henri TestelinLa Justice se veut aussi réceptive au malheur humain, cette clémence est symbolisée par le genou dénudé.

Les écrits antiques matérialisaient le genou comme l'attribut corporel de la piété, de la magnanimité et de la clémence du puissant : à chaque fois que l'on appelait au secours ou que l'on implorait la pitié, on enlaçait les genoux de ce dernier.

Réadaptée par la liturgie romaine, la symbolique refait son apparition à la Renaissance pour connaître son âge d'or sous la monarchie absolutiste des XVIe et XVIIe siècles. En effet, l'iconographie royale s'est mise à représenter les souverains tels que Louis XIV avec une jambe découverte pour exprimer la mansuétude royale.

 

QUE SIGNIFIE CE SYMBOLE ?

La position du genou est une marque de pouvoir : le garder droit est un signe de courage, le plier est un signe d'humiliation mais aussi d'humilité. En ce sens, le genou est un symbole de majesté et de grandeur.

En des temps où les relations entre les hommes étaient contraintes par des ordres et où le système féodal empêchait toute élévation sociale, il était souvent d'usage de se diriger vers les genoux d'un seigneur ou d'un roi pour s'y agripper lorsqu'on voulait obtenir la clémence de celui-ci.

 

DE NOUVEAUX SYMBOLES ?

Il existe d'autres symboles associés à la Justice. C'est le cas du serment prononcé par les magistrats et les autres acteurs de la Justice, ou de leur costume d'audience.

L'imaginaire collectif associe le marteau au pouvoir de décision du juge, ce qui est vrai pour la justice anglo-saxonne mais faux pour l'institution française. Seuls les commissaires-priseurs l'utilisent pour prononcer l'adjudication lors d'une vente aux enchères publiques.

Enfin, l'architecture des palais de justice et des salles d'audience rappelle les qualités essentielles de la justice : solennité, ouverture et transparence.

 
 
  
 

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