Ministère de la Justice
 
 

10 mars 2015

Renforcer la lutte contre la radicalisation en prison

Christiane Taubira poursuit son cycle de concertations avec des experts

Afin de mieux appréhender le phénomène de radicalisation en détention et d'y apporter les réponses les plus adaptées, la garde des Sceaux a organisé, le 10 mars 2015, une nouvelle séance de travail avec des spécialistes des programmes d'actions menés à l'étranger : Asiem El Difraoui, politologue et chercheur, Fahrad Khosrokhavar, sociologue franco-iranien et Directeur d'études à l'Ecole des hautes études en sciences sociales, Rojo Esteban, chef du service de la prospective et de la stratégie au Centre d'intelligence contre le terrorisme et le crime organisé en Espagne et Pierre Conesa, vice-président de l'Association française des victimes de terrorisme.

Rencontre de Christiane TAUBIRA, garde des Sceaux, ministre de la Justice, avec les experts Gilles KEPEL, Mohamed SIFAOUI, Olivier ROY et Pierre CONESA sur la lutte contre la radicalisation violente.Chancellerie« La circulation des savoirs est indispensable pour éclairer la réflexion ». Pour la ministre, le partage des connaissances et des expériences est primordial afin de mieux comprendre le phénomène et de mettre en œuvre les solutions les plus adaptées. C'est d'ailleurs pour cela qu'elle a lancé, ces dernières semaines, une recherche-action dans deux établissements pénitentiaires d'Ile-de-France. Cette expérimentation, menée en partenariat avec des chercheurs et des associations, va permettre d'améliorer les critères de détection des personnes détenues radicalisées et d'élaborer des programmes spécifiques de prise en charge de ces personnes.

Les experts se sont en effet accordés sur le fait que ce phénomène de radicalisation est en pleine métamorphose. Fahrad Khosrokhavar a ainsi mis en lumière trois phénomènes : en prison les détenus radicalisés sont devenus très discrets, et il y a parailleurs parmi ceux qui partent en Syriede plus en plus de jeunes issus de la classe moyenne et  de filles. Pour résumer, il n'y a plus de profils-types. Par ailleurs, la motivation religieuse s'efface de plus en plus. « Leur connaissance de la religion est souvent très limitée, ils sont essentiellement dans une posture politique visant à contester la loi de la République et à la remplacer par la loi divine » a ainsi estimé Pierre Conesa. Ce qu'a confirmé Asiem El Difraoui : « Le djihadisme ne passe plus par une connaissance approfondie de l'Islam ».

Des projets pilotes en Espagne et en Allemagne

Plusieurs pays confrontés au phénomène de radicalisation en détention ont mis en place des expérimentations. Un projet pilote a ainsi été lancé par les Allemands, à Francfort. Ce projet, mis en œuvre sur le long terme, est mené par des associations et des équipes pluridisciplinaires. Pour le spécialiste du sujet Asiem El Difraoui, il y a deux types de radicalisation contre lesquels il faut lutter, notamment en détention : une radicalisation idéologique, basée sur une connaissance très faible de la religion et une radicalisation émotionnelle, due à des traumatismes psychologiques. Cette deuxième forme de radicalisation est plus difficile à combattre. Un travail social est donc nécessaire afin de permettre à la personne détenue de reconstruire des liens familiaux et de lui offrir la possibilité de dessiner des perspectives. « Déradicaliser, ce n'est pas arrêter un processus mais amener la personne vers une autre direction » a précisé Asiem El Difraoui. Rojo Esteban a ensuite pris la parole afin de présenter le dispositif de lutte contre la radicalisation en détention mis en place en Espagne, suite aux attentats de 2005. Il a notamment fait circuler le guide qui a été élaboré dans ce cadre à destination des personnels pénitentiaires.

Lors de la réunion précédente, organisée à la Chancellerie le 3 mars 2015, Christiane Taubira s'était entretenue avec quatre experts de la lutte contre la radicalisation : Gilles Kepel, politologue et Professeur des Universités, Mohamed Sifaoui, journaliste, écrivain et réalisateur, Olivier Roy, directeur de recherches au CNRS et Pierre Conesa, vice-président de l'Association française des victimes de terrorisme.

Premier sujet abordé au cours de cette rencontre : le choix des mots. « Il faut prendre des précautions au niveau sémantique afin que les termes choisis soient à la fois précis, partagés par tous et opérationnels » avait ainsi expliqué la ministre. Gilles Kepel avait esnuite souligné la nécessité d'abandonner le terme de ''terrorisme'' mais aussi celui de ''radicalisation'' et de ''djihadisme'' et de construire de nouveaux mots, qui reflètent mieux la réalité, à partir d'une analyse plus fine du phénomène. « Il faut ''désethniciser'' le débat » avait pour sa part estimé Pierre Conesa.

Le recrutement d'aumôniers musulmans en prison

Autre sujet au cœur de cette première séance de travail : le recrutement, la formation et l'indemnisation des aumôniers musulmans en prison. Pour les quatre experts, c'est un sujet primordial qui exige une grande attention. La réflexion doit donc être menée en profondeur. La garde des Sceaux, pleinement consciente de l’importance de ces aspects, avait notamment doublé le budget de recrutement de ces aumôniers, indemnisés en fonction des heures passées à la prison. « Nous en avons déjà recrutés 30 et il y en aura 60 supplémentaires entre 2015 et 2016 » avait-elle précisé. En ce qui concerne leur formation, Gilles Kepel avait souhaité qu'ils suivent, en plus de leur cursus en théologie, une formation en sciences humaines, notamment en histoire et en sociologie, afin de renforcer leur compréhension de la société et de ses évolutions. Christiane Taubira en avait profité pour rappeler que les aumôniers suivent désormais une formation sur la laïcité. Olivier Roy avait proposé, quant à lui, que les aumôniers musulmans en prison forment les futurs aumôniers, comme cela se fait déjà au sein de l'Armée.

Pour lutter contre la radicalisation en prison, la ministre avait souligné qu'elle avait obtenu l'augmentation du nombre d'heures d’enseignementen détention. L'objectif est de faire baisser le taux très élevé de personnes analphabètes. D'autres mesures ont été également mises en œuvre : formation à la laïcité pour les personnels de l'Administration pénitentiaire, renforcement du renseignement pénitentiaire et de la coopération entre le ministère de la Justice et de l'Intérieur. « Les djihadistes veulent cliver la société française et la société européenne, ils souhaitent que les personnes se réfugient dans la haine et la xénophobie, il ne faut pas se laisser piéger par la situation » avait conclu Mohamed Sifaoui.

 

Rencontre de Christiane TAUBIRA, garde des Sceaux, ministre de la Justice, avec les experts Gilles KEPEL, Mohamed SIFAOUI, Olivier ROY et Pierre CONESA sur la lutte contre la radicalisation violente.Chancellerie

 
 
  
 
 
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