Ministère de la Justice
 
 

04 avril 2014

Lutter contre le racisme et l’antisémitisme

A l'invitation de Christine Lazerges, présidente de la Commission nationale consultative des droits de l'homme (CNCDH), la garde des Sceaux a rappelé lors d'un colloque organisé à Sciences Po les mesures prises depuis son arrivée place Vendôme et livré son témoignage. De nombreux intervenants sont également venus enrichir le débat.

Crédits photo : MJ« La parole raciste se banalise, sur internet et sur les réseaux sociaux. Elle est plus que jamais dans les débats publics ». Dès ses premières phrases, Frédéric Mion, directeur de Sciences Po, donne le ton du colloque. Près de 300 participants, principalement des étudiants se sont amassés dans l’amphithéâtre Emile Boutmy. L’objectif de l’évènement ? Nourrir un dialogue pour déconstruire les préjugés, analyser les idéologies sous-jacentes et leurs instrumentalisations électoralistes ou éditorialistes.

Les mesures prises

Pour Christiane Taubira, dont c’est la troisième prise de parole dans l’école - elle est venue précédemment évoquer la réforme pénale et le fait religieux en prison - ,  le racisme est  « un fléau, une plaie qui parfois semble cicatriser mais qui se remet à émettre des purulences dans la société, qu’il faut combattre et traquer ». 

La garde des Sceaux a rappelé que dès son arrivée en juin 2012, elle avait adressé aux Procureurs généraux et aux procureurs de la République une circulaire qui permet l’interpellation rapide d’auteurs dans des affaires racistes et antisémites, ainsi que l’information des victimes, des élus et des représentants des cultes des suites judiciaires (circulaire du 27 juin 2012). En 2012, 28% des 2 647 affaires racistes et antisémites dont les parquets ont été saisis ont fait l’objet d’une réponse pénale. En outre, « Chaque cour d’appel dispose d’un pôle anti-discrimination et chaque tribunal de grande instance a un magistrat référent et délégué au procureur spécialisé » a souligné la ministre. Une formation spéciale destinée aux magistrats a également été mise en place.

« La République est aveugle face aux différences »

« Comment pouvons-nous vivre ensemble dans la société en acceptant l’autre et les différences ? » Pour la ministre, certaines politiques publiques excluent et créent des fractures dans la société et il est indispensable « de revivifier la République » pour qu’elle demeure « indivisible, laïque et sociale ». « La Nation se pose comme une communauté civique de citoyens égaux. Chacun est le tout et le tout doit veiller sur l’autre » a affirmé la garde des Sceaux, rappelant que la République démocratique est fondée sur des règles et que « le destin commun doit s’écrire ensemble ».

Christiane Taubira a également évoqué les attaques qui l’ont visée : « J’en ai été la cible, je n’en ai pas été la victime», a t-elle précisé, avant d’ajouter qu’elle possédait « une arme fatale : sa joie de vivre inextinguible ». « On survit à ces expériences-là, elles nous enrichissent, nous rendent plus réceptif à l’autre plus sensible à l’autre, à la capacité à saisir comment l’autre nous est à la fois précieux et indispensable» et de conclure : « Tu n’es rien tant qu’il n’y a pas quelqu’un qui se préoccupe de toi. Nous devons avoir le souci de l’autre ».

Un débat riche qui ouvre des perspectives

Nicole Questiaux, présidente de section honoraire au Conseil d’Etat, revenue 65 ans après dans cet amphithéâtre où elle a étudié, a ensuite animé le débat qui a clarifié plusieurs concepts et questionné les limites de la liberté d’expression. Avocats, professeurs ou encore chercheurs ont pris la parole.

« La question du racisme est l’une des questions que j’ai suivie toute ma vie et elle n’est pas résolue » confesse Nicole Questiaux. Pour Marc Leyenderger, avocat honoraire, membre de la CNCDH, « le racisme est toujours une offense à la dignité humaine et une atteinte à la démocratie […] Le racisme change de forme mais continue de tuer ».

 

En 2013, l’intolérance a augmenté. « Ce sentiment raciste se développe dans un climat de peur et la crise économique forme un terreau favorable. Les manifestations antisémites ont reculé de 31,22% tandis que les manifestations anti-musulmans ont augmenté de 11,3% ». Pour Marc Leyenderger, « nous assistons à un glissement de ce racisme biologique, la peur de l’autre cède aujourd’hui la place à la peur de perte d’identité ».

Pour Pap Ndiaye, professeur d’histoire nord-américaine à Science Po, le racisme est présent dans des pays très différents mais son  « universalité paradoxale » persiste. « Le métissage ne garantit pas l’absence de racisme » explique t-il, « c’est le cas au Brésil ».

Nonna Mayer, directrice de recherches CNRS au centre d’études européennes de Science Po et Vincent Tiberj, chargé de recherche au centre d’études européennes de Sciences Po ont travaillé sur un indice longitudinal de la tolérance : « Le climat est aujourd’hui en défaveur de la tolérance ». L’ethnocentrisme est un syndrome bien présent.

Pap Ndiaye, soutenant que « le racisme ne recule que s'il y a un investissement politique », rejoint ainsi les propos de la garde des Sceaux pour qui « il y a lieu d’agir au sein de la Justice, d’effectuer un travail de prévention et de tenir compte des espaces nouveaux dans lesquels s’exercent ces infractions ».

 

 
 
  
 
 
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