Ministère de la Justice
 
 

31 octobre 2012

Mineurs : l’éducation à l’épreuve de la détention

Christiane Taubira a ouvert le 29 octobre, les IIIèmes journées d’études internationales consacrées à la prise en charge spécifique et pluridisciplinaire des mineurs délinquants.

Ouverture des Journées d'étude internationales - Sciences Po Paris le 29/10/2012 : Crédits photo : MJ/Dicom/Caroline MontagnéRéunis pour deux journées de réflexion sur le thème « Mineurs : l’éducation à l’épreuve de la détention », les participants d’horizons géographiques et professionnels divers ont accueilli la ministre en ouverture de leurs débats.

La ministre de la Justice a rappelé son souci de s’appuyer sur les méthodes rigoureuses de la recherche pour inspirer en amont les politiques publiques et évaluer en aval leur efficacité. Elle a ainsi affirmé la nécessaire rigueur des politiques publiques qu’elle entendait conduire pour prévenir efficacement la récidive, et notamment celle des plus jeunes. Cette méthode est celle appliquée à la conférence de consensus sur l’efficacité des réponses pénales, qui aura lieu en février 2013.

« La jeunesse est une priorité ». La ministre a également rappelé que la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ) bénéficiera sur le budget 2013 de la Justice de 205 emplois supplémentaires. « Ce retour à la spécificité de la justice des mineurs » va conduire entre autres à la suppression des tribunaux correctionnels pour mineurs, a-t-elle réaffirmé.

Evoquant les structures fermées pour mineurs, Christiane Taubira a insisté sur l’existence d’une « diversité de l'offre à la disposition des juges et tribunaux des enfants ». « Les Centres éducatifs fermés (CEF), sur lesquels le Président de la République s'est engagé à opérer un doublement, continueront à faire partie de l'offre »a-t-elle précisé.

A ce sujet, la ministre a annoncé que les résultats de l’inspection diligentée pour évaluer le fonctionnement des CEF, leur répartition sur le territoire, le profil des jeunes accueillis et leur suivi seront connus d’ici mi-janvier.

Outre ces structures fermées, la Garde des Sceaux a soutenu l’importance de la prise en charge des mineurs en milieu ouvert qui « donne des résultats beaucoup plus satisfaisants que le milieu fermé » sur les questions de récidive.

Pour les sortir du parcours de délinquance, « il en va de notre responsabilité d’adultes que d’accompagner ces êtres en devenir pour leur permettre de comprendre que leur destinée personnelle n’est pas écrite » a-t-elle souligné.

 

 

 

Expériences internationales

La première journée de ce colloque - organisé par l’administration pénitentiaire en partenariat avec la protection judiciaire de la jeunesse, était consacrée à la mise en perspective juridique, historique et statistique de l’incarcération des mineurs.

La seconde journée a, elle, accueilli des intervenants internationaux qui sont venus apporter de nouveaux éclairages sur le sujet. Le cas des Centres Fédéraux Fermés de Belgique a été abordé à travers une étude qui portait sur l’établissement d’Everberg et les difficultés rencontrées en termes de sécurité, de logiques éducatives et du manque d’accompagnement à la sortie. Puis l’expérience de la Catalogne, qui s’appuie depuis mai 2000 sur une loi à la fois répressive et éducative, a été commentée : la privation de liberté y demeure un ultime recours pour les juges.

En Allemagne, les derniers chiffres font état de 560 mineurs détenus (à partir de 14 ans), sur un total de 5 600 jeunes détenus (de 14 à 25 ans), et l’effort est mis sur les activités ludiques et créatives ainsi que sur la création de places de thérapie sociale.

Le chercheur canadien Denis Lafortune a conclu en présentant l’exemple du Québec qui promeut plusieurs modèles psycho-éducatifs. La loi prévoit des « placements sous garde » en milieu ouvert ou fermé. Les adolescents sont par ailleurs suivis d’une simple surveillance lors du dernier tiers de leur peine de placement et d’une libération conditionnelle (pour les délits sérieux).

 

Echanges sur les pratiques professionnelles

Puis deux recherches récentes sur les pratiques professionnelles en établissements pénitentiaires pour mineurs (EPM) ont donné l’opportunité aux participants des tables-rondes d’échanger sur la diversité des pratiques et leur nécessaire articulation pour une meilleure prise en charge des mineurs.

Un premier échange a eu lieu sur les thèmes de recherche « Vie quotidienne et rapports sociaux en détention. Diversité et articulation des métiers de la prise en charge des mineurs. Controverses publiques et professionnelles ». L’occasion pour les intervenants, tous professionnels en EPM, de donner leur opinion sur les usages, les évolutions méthodologiques et pratiquées sur le terrain en terme de politique éducative.

La prise en charge, par un binôme surveillant-éducateur, des mineurs détenus était au cœur de la discussion, chacun revenant sur les avantages et les Gilles Haudiquet, Responsable des politiques institutionnelles à la PJJ © MJ - DICOM - Caroline Montagnédifficultés de l’exercice. Gilles Haudiquet, responsable des politiques institutionnelles à la PJJ nord et ancien responsable de la PJJ à l’EPM de Quiévrechain est revenu sur l’articulation des rôles de chacun et sur la coexistence de ces deux entités, dévouées à la même mission. « Sans confusion sur la place de l’un ou de l’autre, ils restent deux adultes qui travaillent au quotidien sur la même mission avec le même jeune et c’est cette relation de confiance qui importe et qui doit être développée ».

Plus largement, il a aussi expliqué la place centrale que devaient tenir l’éducation, la responsabilisation et la réinsertion dans le parcours des jeunes détenus. « La mesure éducative doit permettre au détenu de se questionner sur son comportement,  sur sa responsabilité, sur la notion de culpabilité. Des éléments qui pourront conduire à ce qu’il ne reproduise pas les mêmes actes ».

 


 

La seconde table ronde quant à elle, avait pour sujet : « Les établissements privatifs de liberté pour mineurs : entre logiques institutionnelles et pratiques professionnelles ». Les intervenants sont revenus sur l’articulation du travail entre surveillants pénitentiaires et éducateurs, et les débats ont permis de dresser des parallèles entre les pratiques en EPM et celles en vigueur dans les autres structures privatives de liberté. Par ailleurs, l’étude à l’origine de cette table ronde revenait largement sur les applications et les nécessaires adaptations, sur le terrain et par les professionnels, des concepts à l’origine de la création des EPM.

C'est sur un échange avec la salle que se sont conclues ces deux journées riches de réflexion et de discussion.

 

 

Mineurs : l’éducation à l’épreuve de la détention - Colloque à Sciences Po © MJ - DICOM - Caroline Montagné

 
 
 
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