Parution du guide "Que sais-tu de la toxicomanie"
La parole à M Gilles Lucazeau, Procureur Général de la Cour d'Appel de Nancy
Issu de travaux auxquels ont participé collégiens et lycéens, le guide « Que sais-tu de la toxicomanie ? » est une initiative locale conduite par la cour d’appel de Nancy et en partenariat avec la Direction Régionale des Affaires Sanitaires et Sociales ainsi que des associations de lutte contre la toxicomanie. Ayant obtenu le label de la Mission Interministérielle de Lutte contre la Drogue et la Toxicomanie en 2005, ce guide est aujourd’hui diffusé au niveau national.
Préventif, sa conception répond aux besoins d’informer sur les dangers de la drogue et sur le rôle de la justice. Il dresse un état des lieux de ce que dit la loi en matière d’alcool, de drogue et de tabagisme.
La parole à Gilles Lucazeau, Procureur Général de la Cour d'Appel de Nancy, ayant conduit la réalisation du guide :
Pourquoi la réalisation d'un tel guide, il répond à quelle volonté ?
D'abord, à la volonté de répondre à ce constat malheureusement trop répandu d'un usage banalisé de drogues les plus diverses, y compris le cannabis, et plus spécialement par les jeunes. Associé à cet usage, celui de l'alcool et d'autres substances de synthèse extrêmement nocives... Quand à la tabagie, est-il besoin d'en souligner la fréquence et la nocivité, y compris pour l'entourage?
Mais il est vrai que le point de départ de ce guide tient avant tout à cette grande banalisation de l'usage de haschich chez les plus jeunes, ce que nombre d'élus m'ont dénoncé par ce qu'ils estiment être le résultat d'une absence de volonté de réaction des pouvoirs publics qui auraient selon eux "baissé les bras". Ces même élus déplorent une telle inertie, source à leurs yeux de bien des difficultés rencontrées dans la société actuelle.
Initié par le Cour d'Appel de NANCY, comment le guide a-t-il été mis en place ?
Dans le cadre des travaux du Conseil de Politique Pénale de la Cour d'Appel de Nancy depuis sa création en février 1997. Après des thèmes relatifs aux "traitement judiciaire de la violence", et à "l'aide aux victimes", c'est celui de la lutte contre la toxicomanie qui a été retenu par le Conseil sur la période 2003-2005.
Les travaux ainsi conduits sous la direction d'un membre du Parquet Général ont associé des professionnels de la santé, des représentants de l'éducation nationale, des responsables d'associations, de la protection judiciaire de la jeunesse, et bien sûr des magistrats du ressort de la Cour plus spécialement motivés par cette action.
A noter la participation d'élèves de lycées et collèges a qui a été soumis le guide en projet et qui lui ont apporté un regard critique tout à fait positif.
Comment se le procurer et quels vont être les lieux principalement pourvus ?
Tout naturellement dans les tribunaux du ressort de NANCY, les postes de police et de gendarmerie et tous lieux recevant habituellement du public, tels que les mairies et les services de santé (cabinets médicaux, secteur hospitalier).
J'ajoute que la diffusion de ce guide s'accompagnera dans le ressort de la Cour de NANCY d'une action de sensibilisation auprès des élèves, action menée par certains élèves participant à l'association de lutte contre la toxicomanie, association connue sous le nom de "DIAL-DROG".
Une telle action, bien ressentie, a déjà commencé à titre expérimental dans certains collèges de la Meuse.
Un quizz clôture le guide : simple complément ou élément fondamental du guide?
Ce quizz est une manière de capter l'attention du public le plus large par une série de questions simples dont les réponses, conçues sur un mode alternatif, peuvent surprendre y compris les mieux avertis. Ce qui induit le fait que la plupart des usagers de drogue (au sens large) en ignorent le plus souvent la réalité des mécanismes alors qu'ils croient bien les connaître et pensent ainsi - à tort - pouvoir en maîtriser les effets.
Ce projet mené à son terme, avez-vous un message à délivrer?
Tout ce qui est écrit ou dit à propos de la toxicomanie dans notre société prouve à quel point le thème est à la fois récurrent et déroutant en l'absence d'une vision et d'une action suffisamment claires. J'attends donc de ce guide une prise de conscience forte de la part de nos concitoyens les plus jeunes qui sont à la fois les plus fragiles et les plus exposés. Ils recherchent dans l'usage de drogue une certaine forme de liberté et de plaisir alors qu'ils ne vont y trouver au final que du déplaisir et un enfermement sur eux-mêmes, enfermement plus dur que ne peut l'être une prison. J'en attends aussi une prise de conscience à tous niveaux des représentants de la société civile - professionnels de la justice, de l'éducation nationale et de la santé notamment - afin que cette action de sensibilisation soit relayée partout où elle s'avère indispensable.
J'en attends et en espère finalement un retour de la société à un mieux vivre et mieux être qui sont un gage de vitalité et de foi en l'avenir.
Propos recueillis par Nathalie Descours ( SCICOM)
