Charleville Mézières, les coulisses d'un procès hors norme
Retour sur l'organisation du procès Fourniret - Olivier
Le tribunal de Charleville a enfin retrouvé son calme après l'effervescence du procès Fourniret-Olivier. Mais l'enjeu était de taille : 10 semaines de débats, un dossier de 110 tomes, un tribunal enclavé et de taille modeste, une maison d’arrêt sans quartier femmes et près de 500 journalistes accrédités.
Si ce procès a été unanimement salué par les médias, ce n'est pas un hasard, mais simplement le fruit d'une longue et minutieuse organisation et l'engagement de professionnels particulièrement motivés.
Le 9 juin dernier, Rachida Dati, Garde des Sceaux, recevait tous les professionnels ayant participé à la prise en charge du procès Fourniret – remerciant ainsi les fonctionnaires, greffiers et magistrats du tribunal de grande instance de Charleville Mézières mais aussi l’administration pénitentiaire, les forces de sécurité et les associations d’aide aux victimes.
Le ministre concluait son discours par ces mots : « Vous êtes l’image d’une Justice efficace, humaine et exemplaire. C’est parce qu’il y a des femmes et des hommes de votre qualité que la Justice sera toujours respectée. Je vous en remercie. » Retour dans un tribunal où le message du Garde a été particulièrement apprécié.
Le calme après la tempête
Au tribunal de grande instance de Charleville-Mézières, le démontage de la structure spécialement créée pour accueillir les journalistes accrédités pour suivre le procès des époux Fourniret est presque terminé. A cette dernière exception près, rien ne laisse soupçonner les bouleversements qui viennent de se produire ici. Pendant les 10 semaines qu’a duré ce procès, rien n’aura été habituel au tribunal carolomacérien.
Cette juridiction enclavée dans la jolie ville de Charleville-Mézières a dû en effet tout bousculer pour accueillir l’un des procès les plus médiatisés de l’année. Ainsi, près de 500 accréditations ont été délivrées à la presse alors que la capacité d’accueil de la salle d’audience est de 130 personnes.
Cette seule donnée permet de comprendre pourquoi la préparation du procès a commencé il y a un peu plus de 2 ans avec une instruction bouclée en un temps record par le binôme Pascal Préaubert et Anne Devigne, et près de 10 groupes de travail constitués de professionnels de tous horizons travaillant sur différents thèmes, tels l’accueil des victimes ou l’équipement.
Quelques exemples concrets :
un parking a été construit par le conseil général et 3 collectivités locales ont financé les navettes mises en place pour accompagner les parties civiles dans leurs déplacements,
un quartier femmes a été crée à la maison d’arrêt afin d'accueillir Monique Olivier,
plusieurs fonctionnaires du tribunal ont intégralement déménagé leurs bureaux pour s’installer dans des Algeco le temps du procès, leur étage étant transformé en espace de repos pour les familles de victimes.
Les chefs de juridiction saluent de concert l’adhésion immédiate et spontanée de chacun des acteurs, convaincus que la réussite de l’organisation du procès est là : « Il était important, pour les gens d’ici, de montrer une bonne image de leur ville. Tout le monde a joué le jeu, s’est investi, au-delà même de nos attentes » précise Francis Nachbar, procureur de la République. Une conclusion reprise par Fouaad Sikouk à propos des personnels de la maison d’arrêt de Charleville-Mézières qu’il dirige.
Des coulisses et des hommes
« Mon rôle est de voir, écouter et agir » confirme Jacques Hennequin, huissier audiencier. Les articles parus dans la presse, saluant son professionnalisme et son talent d’écoute, lui paraîtraient presque incongrus ; pour lui, veiller au bien-être de tous, parties civiles, témoins, jurés, avocats, greffières, est « naturel puisque c’est mon travail ! » Alors tenir à la disposition de tous, bouteilles d’eau et barres chocolatées va de soi.
Au sous-sol, les greffières d’assises ont réintégré leurs bureaux « Faire et défaire nos cartons, nous savons faire maintenant » s’amusent Annie Kapyrka et Véronique Radzyk, greffières d’assises, « mais finalement, nous y avons gagné : nos bureaux sont refaits à neuf ». Pendant 10 semaines, elles ont travaillé en binôme, mettant parfois de côté leurs vies personnelles et familiales, pour mener à bien leur mission de greffières d’assises. Aucun regret mais une énorme satisfaction : celui du travail bien fait. Un courant qui emporte d’ailleurs tout le monde au tribunal.
A l’étage supérieur, Sylvie Guillain, régisseur d’avances et de recettes, le dit « Nous, nous sommes des gens de l’ombre : notre travail est méconnu, c’est comme ça. ». Elle vient pourtant de relever un vrai défi : les frais exposés par les parties civiles et par les experts ont été réglés toutes les semaines et les pertes de salaires des jurés compensées tous les 15 jours.
Michel Gentilini, directeur de greffe souligne la performance : « C’est important parce que ça pacifie les relations avec tout le monde : la cour d’appel peut en effet refuser un paiement si il manque telle ou telle pièce. Le travail du régisseur se fait dans l’ombre mais il est primordial. Je m’étais engagé vis-à-vis de la cour à régler les frais rapidement. Avec Sylvie Guillain, nous avons même réussi à aller, en matière de délais, en-deçà de nos annonces ».
Fonctionnaires, greffiers et magistrats à la rescousse
Pour Rémi Le Hors, président du TGI, le défi ne s’arrêtait pas à la réussite de ce procès. Il voulait plus, à savoir : « que la juridiction fonctionne comme d’habitude pour que les justiciables ne fassent pas les frais d’un tribunal suspendu au rythme de cet événement ». Et les principales audiences se sont effectivement tenues. Pour mener cet objectif à bien, mais également pour que les services travaillant sur le procès Fourniret n’aient pas de retards trop importants à rattraper ensuite, des fonctionnaires, greffiers et magistrats d’autres juridictions ont été détachés à Charleville. Annie et Véronique, nos greffières d’assises, ont été totalement déchargées du suivi de tout autre dossier par exemple.
L’organisation exceptionnelle de ce procès a nécessité un travail à plein temps de Christophe Aubertin, secrétaire général du procureur général, sur l’équipement et les relations presse autour de ce procès.
A peine nommé secrétaire général du premier président, Yannick Gressot, s’est vu quant à lui chargé de l’accompagnement des victimes.
La cour d’assises elle-même était composée de Gilles Latapie et Patrice Bresciani, conseillers, et Jérôme Lizet, vice-président, tous affectés et à la cour d’appel, et respectivement président et assesseurs. Quant à Jennyfer Picoury, juge au TGI, le rôle d’assesseur suppléant lui était confié.
Fonctionnaires, greffiers et magistrats du TGI, de la cour d’appel, voire du ressort, ont partagé le même objectif : que le procès Fourniret ne souffre aucun dysfonctionnement, quitte à prendre sur leur temps libre pour mener de front cette mission et leurs tâches habituelle. Aujourd’hui, chacun est fatigué mais se réjouit du travail accompli et reconnu par tous :
le Garde des Sceaux, les chefs de cour et de juridiction ;
la presse saluant unanimement la dignité dans laquelle ce procès s’est tenu ;
enfin, de manière plus inattendue mais tout aussi remarquable, le poème rédigé par l’une des parties civiles à l’attention de Jacques Hennequin, huissier audiencier… un témoignage parmi tant d’autres.
Et si la question se posait de savoir à quoi tient cette réussite, la réponse tient en une phrase entendue dans tous les bureaux du tribunal de grande instance (TGI) : « la bonne entente et la bonne humeur ! ici, nous savons tous que nous pouvons compter les uns sur les autres. »