Ministère de la Justice
 

 

29 mai 2008

1808 : promulgation du code d'instruction criminelle

« La structure des juridictions demeure, mais la répartition quantitative des affaires a changé »

L'année 2008 est celle du bicentenaire du code d'instruction criminelle. Jacques-Henri Robert, directeur de l’Institut de criminologie de Paris et professeur à l’Université de Paris II Panthéon-Assas, revient sur les grandes évolutions depuis sa promulgation.

Quelles ont été les intentions de Napoléon lors de son élaboration ?

Napoléon a voulu mettre fin à l'insécurité qui était très grande sous le Directoire et qui résultait en partie, de la désorganisation de la Justice pénale.

Le code des délits et des peines du 3 brumaire An IV, c'est-à-dire du 25 octobre 1795, avait en effet institué un système très complexe dans lequel il y avait successivement un jury d'accusation et un jury de jugement mais pas de juge instructeur ni de juge d'instruction.

Quelles sont les institutions qui forment l'armature de ce code ?

C'est un compromis entre le système de l'Ancien Régime que l'on a conservé dans ce qu'il avait de plus solide, et les acquisitions démocratiques de la Révolution.

L'institution ressuscitée de l'Ancien Régime, c'est le juge d'instruction. Ce juge, que l'Ordonnance criminelle de 1670 nommait juge instructeur, est le pivot en matière correctionnelle et en matière criminelle. Sérieusement surveillé, d'une part par le Procureur Impérial qui le notait et d'autre part par la chambre du conseil du tribunal dans lequel il était inséré, il était beaucoup plus souvent saisi qu'aujourd'hui. Même pour les affaires d'une faible importance. Mon collègue Pradel cite notamment l'exemple d'un paysan qui avait réutilisé un timbre poste et pour lequel une instruction a été ouverte le matin et fermée le soir même. C'est dire que le juge d'instruction avait la première importance.

S'agissant des acquisitions démocratiques de la Révolution, c'est essentiellement la cour d'assises avec un jury populaire. Ce jury, qui avait beaucoup de pouvoir sous la Révolution, a été conservé mais seulement en matière de crimes. Pour le jugement des délits et des contraventions, on en a remis le soin à des juges professionnels. Même s'il faut nuancer. Les juges de paix, chargés de juger les contraventions, n'étant pas considérés comme des magistrats.

Un autre point très important, c'est la correspondance parfaite entre la qualification des infractions et la juridiction compétente : les tribunaux de police pour les contraventions de police, les tribunaux correctionnels pour les délits et la cour d'assises pour les crimes. Cette répartition, très rigoureuse, très mécanique, a assuré la solidité de l'édifice.

Que reste-t-il du code de 1808 dans notre droit actuel ?

La division tripartite entre les juridictions compétentes pour les crimes, les délits, et les contraventions, demeure.

Le juge d'instruction continue d'exister. Mais son statut a énormément changé. En 1808, il faisait le travail du juge d'instruction et de la police. Aujourd'hui, il ne fait plus qu'un travail de juge du siège. Le travail d'investigation étant largement confié à la police qui est beaucoup plus professionnelle qu'elle ne l'était en 1808. Par son statut, il est beaucoup plus indépendant. Il ne siège plus au sein d'une formation collégiale de la chambre du conseil depuis 1856 et sa notation ne dépend plus du procureur depuis 1958.

Ce qui a également changé, c'est la répartition quantitative des affaires. Le juge d'instruction est de moins en moins saisi pour les délits. Par ailleurs, la cour d'assises a toujours compétence pour juger les crimes mais, ce qui s'appelle crime dans le nouveau code pénal, est considérablement réduit. Autrefois, par exemple, la banqueroute frauduleuse était un crime. Cela ne l'est plus de nos jours. Les crimes se réduisent aujourd'hui à quelques infractions près, aux meurtres et aux viols, plus quelques crimes politiques comme la sécession mais cela est rarissime. Il ne reste plus à juger devant les cours d'assises qu'environ 1500 affaires par an, alors qu'il y en a 450 000 devant les tribunaux correctionnels. Ainsi, il y a un déséquilibre énorme entre la Justice populaire qui est très réduite et la Justice professionnelle qui est considérable.

L'autre évolution beaucoup plus récente concerne les attributions répressives qui sont données au procureur de la République. On punit de moins en moins à la suite d'un jugement et de plus en plus sans jugement grâce à la composition ou la médiation pénale. Le pouvoir de punir a changé de mains. Les juges du siège en ont été pour partie dépouillés et les procureurs en ont été pour partie investis. Mais les suspects ou les prévenus ne sont privés de jugement que s'ils y consentent. S'ils veulent un jugement, ils y ont toujours droit.

 

 
 
  
 

 Vidéos associées

  • Le tribunal de police
    Le tribunal de police
  • Le juge de proximité en matière pénale
    Le juge de proximité en matière pénale
  • Le tribunal correctionnel
    Le tribunal correctionnel
  • La cour d'assises
    La cour d'assises
  • Au coeur de la justice pénale des mineurs : les établissements pénitentiaires pour mineurs
    Au coeur de la justice pénale des mineurs  : les établissements pénitentiaires pour mineurs
  • Le rappel à la loi, une mission du délégué du procureur
    Le rappel à la loi, une mission du délégué du procureur
  • Du nouveau en matière de saisie et confiscation pénales
    Du nouveau en matière de saisie et confiscation pénales
  • Destruction de scellés judiciaires sensibles en Gironde
    Destruction de scellés judiciaires sensibles en Gironde
  • Consultation à distance du bulletin n°1 du Casier judiciaire national
    Consultation à distance du bulletin n°1 du Casier judiciaire national
  • Témoignage d'un tigiste
    Témoignage d'un tigiste
  • Zoom sur le mandat d'arrêt européen
    Zoom sur le mandat d'arrêt européen
  • Nouvelles mesures contre les violences faites aux femmes : le portable d'urgence
    Nouvelles mesures contre les violences faites aux femmes : le portable d'urgence
  • Exposition aux Archives nationales : la Révolution à la poursuite du crime
    Exposition aux Archives nationales : la Révolution à la poursuite du crime
  • Interview des commissaires d'exposition de La Révolution à la poursuite du crime
    Interview des commissaires d'exposition de La Révolution à la poursuite du crime
  • Les JIRS : des moyens efficaces contre le crime organisé
    Les JIRS : des moyens efficaces contre le crime organisé
  • Exercice européen d'Alerte Enlèvement
    Exercice européen d'Alerte Enlèvement
  • Scènes de Justice : Anabelle ou la place de la victime, l'instruction d'audience
    Scènes de Justice : Anabelle ou la place de la victime, l'instruction d'audience
  • Public awareness of child abduction alert
    Public awareness of child abduction alert
  • Message de sensibilisation au dispositif Alerte Enlevement
    Message de sensibilisation au dispositif Alerte Enlevement
  • Petites affaires, grandes justices
    Petites affaires, grandes justices
  • Le travail d'intérêt général, une sanction utile au condamné et à la société
    Le travail d'intérêt général, une sanction utile au condamné et à la société
  • L'interconnexion des casiers judiciaires
    L'interconnexion des casiers judiciaires
  • Le BEX, un poste avancé de l'exécution des peines
    Le BEX, un poste avancé de l'exécution des peines
  • Dispositif Alerte Enlèvement
    Dispositif Alerte Enlèvement
  • Scènes de justice: Annabelle 1ère partie : l'enquête et l'instruction
    Scènes de justice: Annabelle 1ère partie : l'enquête et l'instruction
  • Scènes de Justice : Kevin D., 17 ans au moment des faits, première partie
    Scènes de Justice : Kevin D., 17 ans au moment  des faits, première partie
  • Citoyen juré
    Citoyen juré
  • Chronique de la justice ordinaire : peines d'enfants, des juges mènent l?enquête
    Chronique de la justice ordinaire : peines d'enfants, des juges mènent l?enquête
  • Scènes de Justice : comparution immédiate
    Scènes de Justice :  comparution immédiate
  • 3600 secondes ( affaire suivante )
    3600 secondes ( affaire suivante )
  • Kévin D., 17 ans au moment des faits : audition de la victime
    Kévin D., 17 ans au moment des faits : audition de la victime
  • Kévin D., 17 ans au moment des faits : audition de l'accusé
    Kévin D., 17 ans au moment des faits : audition de l'accusé
  • Kévin D., 17 ans au moment des faits : réquisitoire du procureur
    Kévin D., 17 ans au moment des faits : réquisitoire du procureur
  • Kévin D., 17 ans au moment des faits : plaidoirie de la défense
    Kévin D., 17 ans au moment des faits : plaidoirie de la défense

 Radio en ligne

Lutte contre le crime organisé : l'AGRASC fait ses preuves

La comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité, une procédure en fort développement

De nouvelles dispositions pour prévenir les actes incestueux

Le stage de citoyenneté, un instrument dynamique pour mieux lutter contre la récidive

Présentation de la loi du 10 mars 2010, visant à amoindrir le risque de récidive criminelle

Présentation de la loi relative à la protection des sources des journalistes

Interview de Marie-France Hirigoyen, psychiatre et victimologue - Les violences psychologiques

Interview de Hugues Courtial, magistrat - le délit de violences psychologiques

 
 
| Contacter le ministère de la Justice | Mentions légales | Plan du site | Flux RSS | Communication | Répertoire des informations publiques |