Ministère de la Justice
 
 

02 juin 2016

La PJJ au palmarès du concours « Dis-moi, dix mots » 2016

Un 1er prix pour l’établissement pénitentiaire pour mineurs de La Valentine à Marseille

Le 19 mai 2016, dans la grande salle des séances de la prestigieuse Académie française, a eu lieu la cérémonie de remise des prix de la 10e édition du concours « Dis-moi, dix mots », en présence des membres de jury, notamment Hélène CARRÈRE d’ENCAUSSE, secrétaire perpétuelle de l’Académie française, de Xavier DARCOS, ambassadeur pour le rayonnement français à l’étranger, et de Jean-François BALDI, délégué général adjoint à la langue française et aux langues de France. Parmi les lauréats présents figuraient un jeune anciennement détenu à l’établissement pénitentiaire pour mineurs (EPM) de La Valentine de Marseille et l’enseignant à l’origine de la participation du service éducatif (SE-EPM) à l’opération. Ils nous livrent leurs impressions.

Les lauréats dans la cour de l'Institut de FranceLe concours "Dis-moi, dix mots… en langue(s) française(s)" est piloté par le ministère de l’Éducation nationale, en partenariat avec les ministères de la Culture et de la Communication, des Affaires étrangères et du Développement international, de l’Agriculture, de l’Agroalimentaire et de la Forêt.

Chaque année, depuis 10 ans, il invite les classes (collèges et lycées en France et à l’étranger, établissements étrangers, établissements de formation professionnelle, centres pénitentiaires…) à réaliser collectivement une production artistique ou littéraire reposant sur un travail linguistique à partir de dix mots. L’objectif est de  mobiliser la créativité des classes candidates autour des capacités expressives propres au français en tant que langue de culture.

Cette année, étaient mises à l’honneur "Les variétés du français", langue partagée par 274 millions de locuteurs dans le monde. Les dix mots choisis par les différents partenaires francophones invitaient donc à  partir à la découverte du français parlé dans les différents territoires de la Francophonie : en  France "chafouin" et "fada", au Québec "poudrerie" et "dépanneur", en Belgique  "lumerotte" et "dracher", en Suisse "ristrette" et "vigousse", en Haïti "tap-tap" et au Congo "champagné".

"Les mots sont sous la responsabilité de l’ensemble de la société", Michel Houellebecq

De gauche à droite : X. Darcos, JF Baldi et H. Carrère d'Encausse"C’est une grande satisfaction pour nous de voir que le français provoque autant d’enthousiasme chez les jeunes", a déclaré Hélène CARRÈRE d’ENCAUSSE, s’adressant à tous les adolescents et enseignants présents.

"J’ai été frappé par la diversité des manières de répondre au concours, par la créativité déployée. Merci aux élèves et à leurs professeurs", a ajouté Xavier DARCOS.

Durant deux heures, les équipes de jeunes et d’enseignants se sont succédé pour déclamer, à plusieurs voix, un texte présentant leur projet. Lorsqu’est arrivé leur tour, le jeune et l’enseignant représentant l’EPM de La Valentine ont exprimé leur joie de se voir décerner le 1er prix dans la catégorie "Établissement de formation professionnelle, centres pénitentiaires" pour leur œuvre intitulée "Murs murs en liberté". Ils sont revenus sur l’investissement des mineurs incarcérés tout au long de cette aventure.

"Notre vocation est de permettre aux jeunes détenus de renouer avec l’apprentissage et la lecture, de s’inscrire dans un projet collectif et de développer une estime de soi", a expliqué Thomas BAILET, l’enseignant à l’origine du projet lauréat.

 


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L'un des jeunes de l'EPM lauréats et Thomas BAILETÉtait-ce votre première participation au concours « Dis-moi, dix mots » ?

Le jeune lauréat* : Oui, c’était ma première participation. J’ai été incarcéré à l’EPM de La Valentine à Marseille pendant 5 mois, au moment de la préparation du concours.

Thomas BAILET : Je suis enseignant à l’EPM de La Valentine depuis 2007. J’avais participé pour la première fois au concours en 2009 avec une collègue enseignante. En tout, J’y ai déjà participé trois fois.

Qu’est-ce que cela vous fait de recevoir ce prix et d’être invités dans ce haut lieu qu’est l’Académie française ?

Le jeune lauréat* : Je suis fier d’avoir gagné ce 1er prix ! Recevoir cette récompense c’est un privilège, c’est bien, d’autant qu’on ne s’y attendait pas, on a participé pour le plaisir.

Thomas BAILET : Je suis, moi aussi, particulièrement fier que nous ayons pu remporter ce prix cette année. Les jeunes partaient vraiment perdants. Ils se sont dit qu’ils ne pourraient jamais gagner un tel concours national. Je leur disais qu’au contraire on était là pour gagner, même s’il y avait beaucoup de concurrents issus de centres pénitentiaires mais également de lycées professionnels de toute la France. J’essayais de les motiver en leur montrant que j’étais tout à fait certain de leurs capacités à produire un travail de qualité.

- Comment s’est organisé le travail pour aboutir à ce projet baptisé "Murs murs en liberté" ?

Thomas BAILET : On a essayé de concentrer le travail sur un mois durant lequel on a lu des textes pour découvrir les différentes formes poétiques. On a lu du Prévert, du Rimbaud, du Cendrars et du Victor Hugo. On a également regardé des films sur le site internet du concours  pour nous aider à bien comprendre le sens des termes choisis pour cette édition. Ensuite j’ai laissé les élèves assez libres d’écrire leurs textes. L’objectif était qu’ils puissent s’imprégner des poèmes qu’on avait lus pour produire eux-mêmes quelque chose. Pour les aider, je leur ai donné des canevas. Ensuite on a fait des illustrations, des calligrammes à partir de leurs poèmes pour dessiner les différents mots imposés.

Le jeune lauréat* : Au début je n’étais pas trop intéressé mais dès qu’on a commencé à lire des poèmes de différents styles et qu’on a appris les différents mots qu’il fallait employer on était tous motivés ! On se réveillait tous le matin pour aller au "scolaire". Tout le monde venait et s’investissait dans ce travail. C’était intéressant pour nous de participer à ce concours national.

- Qui sont les élèves que vous suivez au sein de l’EPM ?

Thomas BAILET : On prend en charge plusieurs catégories d’élèves. On a des élèves en cours d’alphabétisation c’est-à-dire qui découvrent la langue française. On a une grande majorité d’élèves qui sont déscolarisés depuis longtemps, souvent depuis les classes de 6e et 5e, qui ont donc un niveau relativement faible et pour lesquels il faut dispenser des cours vraiment adaptés. On a également une petite minorité d’élèves qui sont encore scolarisés en CAP ou en Bac pro voire en .Bac général. Dans ce cas, tout l’enjeu est de maintenir le lien avec les établissements à l’extérieur pour que les élèves ne perdent pas leur année de scolarité et qu’on puisse ensuite les renvoyer dans leur établissement d’origine afin qu’ils valident leur année. On a déjà eu des réussites, des élèves qui ont obtenu leur Bac pro ou leur Bac général en détention.
Pour ceux qui sont déscolarisés depuis longtemps, le but est de faire de l’école autrement pour arriver à leur redonner goût aux apprentissages. On est obligés de diversifier les façons d’apprendre, de passer par beaucoup de détours, comme ce concours qui leur a permis de lire de la poésie sans s’en apercevoir. Pour ces élèves décrocheurs, l’objectif est qu’ils arrivent à sortir avec un projet scolaire. Pour cela, on travaille notamment en partenariat avec la mission de lutte contre le décrochage scolaire (MLDS) et une conseillère d’orientation psychologue nous permet d’avoir un lien avec les établissements. Souvent on arrive à mettre en place des projets de rescolarisation. 

- Quel projet se dessine ?

Le jeune lauréat* : Avant d’être incarcéré, j’étais élève en seconde puis en première dans un lycée professionnel à Toulon, en filière commerciale. J’étais pas très investi, je manquais beaucoup les cours, je ne m’impliquais pas et n’avais pas de très bons résultats. Quand j’ai été incarcéré, cela m’a permis de revoir des cours, de suivre le rythme scolaire et le programme. J’ai réalisé à quel point il était important que je finisse mes études, que j’ai mon bac parce que là j’ai le temps de le faire. Je passe mon BEP à la fin de cette année et l’année prochaine c’est le Bac pro. Après, j’aimerais travailler dans le commerce. 

 

Le projet de l'EPM, 1er prix dans la catégorie "Etablissement de formation professionnel et centres pénitentiaires"

 

*Le prénom du jeune lauréat ne peut pas être communiqué afin de préserver son anonymat

 

Cliquez pour retrouver tous les lauréats de cette édition 2016

 

 
 
  

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