20 août 2020

L’affaire Landy

Un meurtre prémédité travesti en légitime défense

Le 21 juillet 1928, Louise Landy tue son mari Paul Grappe de deux coups de revolver. Ce dernier reste célèbre, pour s’être travesti pendant dix ans en femme afin d’échapper à l’enfer des tranchées. S’ouvre alors en janvier 1929, aux Assises de Paris, un procès extrêmement médiatisé, où les rôles s’inversent : Louise accusée, devient la victime de son défunt mari.

Une victime meurtrière

Six mois après le meurtre, Louise Landy se retrouve dans le box des accusés. Elle est défendue par Maurice Garçon, célèbre avocat français de l’entre-deux-guerres, connu pour avoir assuré la défense de nombreuses figures littéraires. Ce dernier, après une plaidoirie audacieuse, arrive à inverser les rôles. Louise Landy, meurtrière, devient victime. Soldat déserteur de la Grande Guerre, Paul Grappe devient Suzanne Langdard et vit pendant plus de 10 ans dans la clandestinité.  C'est avec la loi d’amnistie du 3 janvier 1925  qu'il retrouve sa véritable identité. Son histoire, loin de passer inaperçue, lui donne une notoriété soudaine. Il fait la une de la presse, devient un quasi-phénomène de foire, ce qu’il supporte mal.

Lors du procès, la vie de Paul Grappe est exposée au grand public. Avec son travestissement et dans le tumulte des années folles, il adopte de nouveaux comportements. Il fréquente les bars interlopes de la capitale et a des pratiques bi sexuelles. En parallèle de sa vie agitée, il sombre dans l’alcoolisme et devient sujet à de violentes crises de colère.

Ces révélations dressent un portrait peu flatteur d’un homme déjà condamné par la société pour sa désertion, ses mœurs et son alcoolisme chronique. Le cas de Louise Landy attendrit les magistrats et les jurés. L’opinion publique la soutient, d’autant plus qu’elle perd durant sa détention son jeune fils des suites de la rougeole.

Le président de la Cour Raymond Bacquart, connu pour son intransigeance, est d’une étonnante bienveillance envers l’accusée. On lit même dans les colonnes du Journal Paris soir:« Rarement débats se sont ouverts dans une atmosphère aussi favorable à l’accusée».

 

La question d’un meurtre préparé

La préméditation, en d’autres termes, le « dessein formé avant l’action de commettre un crime ou un délit déterminé » comme le définit le Code pénal n’est pas retenue.

La légitime défense est entérinée. Louise Landy se trouvait bien dans une situation où elle devait transgresser la loi pour se défendre, elle et son enfant.

Cependant, certains éléments restent inexpliqués : Louise Landy affirmeque son geste est la suite d’une terrible dispute durant laquelle son mari devient violent enverselle, lui assénant même plusieurs coups. Néanmoins, le voisinage dit n’avoir entendu aucunbruit.

Autre fait troublant : elle affirme avoir utilisé une arme déjà chargée. Les policiers en charge de l’affaire trouvent une balle de revolver au sol, laissant supposer qu’elle aurait pu charger elle-même le revolver. Paul Grappe est retrouvé à l’agonie dans son lit, ce qui peut laisser penser qu’elleait tiré quand il dormait.

Enfin, l’existence de Paco, ancien amant de Louise Landy suscite quelquessuspicions.

Malgré le doute, elle n’est pas inculpée pour assassinat ce qui impliquerait unepréméditation à son geste, mais pour meurtre. Cette distinction est importante au regard des peinesencourues : le meurtre est passible de prison, l’assassinat de la peine de mort.

 

L’engouement de la presse : un procès médiatique

La presse entière suit de près ce procès. Paul Grappe, par son histoire, est déjà comme une figure connue du grand public. Il est loin de faire l’unanimité dans une France encore très meurtrie par la guerre, où la désertion est perçue comme une lâcheté impardonnable.

Les journaux de manière générale alimentent l’image d’un homme dépravé et sans morale. De nombreuses affirmations sur ses mœurs, dont certaines infondées, sont largement relayées. Seule la presse proche de l’ultra gauche voit en Paul Grappe un prolétaire victime de la société et des conséquences de la guerre.

Au final, la Cour n’a pas voulu ajouter une tragédie à celle déjà vécue.  Bienveillante et compréhensive elle acquitte Louise Landy.

 

Bertrand Morain

M2 Etude politique

 
 
  

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