Portrait de Bruno Cotte
Un « honnête homme» à la cour pénale internationale
Le 31 janvier 2008, Bernard Kouchner, ministre des affaires étrangères, saluait Bruno Cotte, président de la chambre criminelle de la Cour de cassation, élu au poste de juge à la Cour pénale internationale (CPI) au cours d’une réception donnée en son honneur au Quai d’Orsay. Un "honnête homme" comme s'est plu à le qualifier le discours de Bernard Kouchner, lu par Gérard Errera, secrétaire général du ministère des affaires étrangères et européennes.
Portrait d'un jeune juge… après 40 années de carrière.

Dans l'escalier d'honneur de la Cour de cassation conduisant au bureau de Bruno Cotte, Liliane Beaugrand, greffier en chef, secrétaire des présidents de chambre, nous confie spontanément : «Vous allez rencontrer un homme brillant, exceptionnel. Il va faire défaut à la chambre». Bruno Cotte, actuellement président de la chambre criminelle à la Cour de cassation, vient en effet d'être élu pour exercer les fonctions de juge à la CPI. aux côtés de 18 magistrats tous de nationalité différente.
«Venez, entrez dans mon igloo», glisse-t-il en guise de mot d'accueil.
40 ans de carrière, un parcours professionnel étoffé
Le 17 janvier 2008, Bruno Cotte prêtait serment devant la cour pénale internationale de La Haye. De nouvelles hautes fonctions pour cet homme qui a tout apprécié dans sa carrière de magistrat, à commencer par ses débuts en tant que substitut au tribunal de grande instance de Lyon. Il évoque le hasard et les rencontres heureuses qui ont jalonné sa carrière: Pierre Truche, «le premier grand magistrat avec lequel j'ai travaillé», dont il était le stagiaire au Parquet de Lyon; Pierre Arpaillange«grand magistrat auprès duquel j'ai beaucoup appris lorsque je travaillais à ses côtés à la direction des affaires criminelles et des grâces, puis au parquet général de Paris » et Robert Badinter, dont il salue «l'immense puissance de travail, l'engagement constant et la fidélité dans la collaboration professionnelle».
Ecouter l'interview de Robert Badinter
Bruno Cotte se réjouit «d'avoir eu la confiance de plusieurs ministres très différents». Choisi par Robert Badinter pour être DACG, il assume ces fonctions de 1984 à 1990 sous 4 ministres successifs* et parle de cette période d'alternance avec le «sentiment d'avoir pu surmonter ces fractures politiques pour assurer la continuité du service public judiciaire». Puis vient le poste de procureur de la République de Paris, un moment «très passionnant» qu'il souhaite à ses collègues de vivre un jour car «il s'y passe toujours quelque chose et comme le disait un de mes grands anciens: ne vous faites donc pas de souci, l'ennui de 10h30 sera immédiatement chassé par celui de 10h40, qui n'est rien à côté de celui de 10h50».

40 ans de carrière, un regard altruiste et enthousiaste
C'est avec passion que Bruno Cotte évoque son parcours, pourtant ce haut magistrat parle difficilement de lui. Ce qui l'intéresse? Mettre en avant l'action des ministres, des directeurs ou des magistrats sous l'autorité desquels il a Suvré et, systématiquement, valoriser ses collaborateurs, louant leur compétence et leur disponibilité. «J'ai eu la chance d'avoir des collaborateurs exceptionnels ». Il insiste: « des collaborateurs de premier plan».
Il voit comme une nouvelle chance l'avenir qui se dessine pour lui, une opportunité de s'enrichir aux côtés de professionnels venant de tous de pays différents. C'est de manière concise et pédagogique qu'il explique le fonctionnement de la cour pénale internationale: il aimerait que la justice pénale internationale soit mieux connue, mieux comprise.
40 ans de carrière, une première: faire campagne
S'agissant de son élection, Bruno Cotte a fait acte de candidature début juin 2007. Une fois celle-ci retenue par le groupe français de la cour permanente d'arbitrage, il a été présenté comme candidat par le gouvernement, puis a «dûfaire campagne». Il lui a alors fallu apprendre à se mettre en avant lors de ses entretiens, au siège des Nations Unies à New York, avec les représentants des 105 Etats parties au traité
de Rome ayant créé la CPI (soit les 105 électeurs). Au cours d'entretiens individuels, de réunions de travail au siège de la représentation permanente de la France, de déjeuners ou de dîners de travail, il a eu à se présenter, expliquer sa candidature, sa motivation, ce qu'étaient pour lui les enjeux de la CPI, dire qu'il lui semblait important qu'un juge francophone soit élu, notamment pour entendre un justiciable sans passer forcément par un interprète, plusieurs des situations provenant de pays africains où le français est parlé.
Sylvie Pantz, magistrat, conseillère auprès de Bernard Kouchner chargée des affaires juridiques internationales et droits de l'homme, a été à ses côtés durant toute cette période. Bruno Cotte parle de Sylvie Pantz en ces termes: «Déterminée et enthousiaste, parfaite organisatrice de cette campagne, m'apportantsa connaissance du domaine international et une précieuse assistance lorsque les entretiens ne se déroulaient qu'en anglais»; elle témoigne: «J'ai eu la chance de travailler avec ce gentleman. Ils sont rares»... encore une affaire de chance?
Et puisqu'un article ne peut remplacer la parole d'un professionnel, en écoutant l'interview de Bruno Cotte (écouter son interview), vous pourrez entendre son engagement, son enthousiasme et sa bienveillance. Il ne vous manquera que le regard pétillant et éminemment concerné.
*Robert Badinter, Michel Crépeau, Albin Chalandon et Pierre Arpaillange