Séjour de rupture en Isère pour le CER de Cairn
Cette année, le Centre éducatif renforcé (CER) de Cairn (65) a organisé son séjour de rupture en Isère. Deux groupes de quatre mineurs, ont vécu pendant six semaines une expérience inédite avec leurs éducateurs, loin de la ville et du confort, près de la nature et des chevaux. Des Pyrénées aux Alpes, comment créer la rupture dans la rupture.
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| Construction d'un pont de bois à Lus-la-Jarjatte. |
Le CER de Cairn, situé en plein cœur des Pyrénées, reçoit à chaque session de quatre mois, huit mineurs confiés par les magistrats. Les responsables organisent à mi-parcours un séjour de rupture que la directrice, Patricia SANGUINET, nous décrit ainsi : « Il s’agit de rompre avec les habitudes et le confort. On essaye de les déstabiliser et de les surprendre. Ils doivent perdre leurs repères pour entrevoir une autre possibilité de réalité ». Cette année les deux groupes de quatre mineurs sont partis, tour à tour, en Isère pendant six semaines, l’aventure s’achevant fin décembre.
Le choix d’un prestataire local pertinent
Le centre a décidé de travailler avec "Ado d’cheval", qui appartient au collectif d’associations "Synergie humanitaire". L’équipe de Gérard COLIN a rencontré les éducateurs du CER avant la mise en place de cette première expérience. Ensemble, ils ont adapté et travaillé leur prestation habituelle, pour aboutir à un séjour de six semaines. Dans sa prestation, l’association avait prévu la mise à disposition de la ferme d’Esparron, et d’un centre équestre. Deux membres de l’association ont également accompagné les deux éducateurs et les quatre jeunes durant ce séjour.
Temps d’adaptation nécessaire, les trois premières semaines se sont déroulées exclusivement avec les quatre éducateurs avec un programme chargé : chantiers (construction d’abri de bois, de tente à sudation…), sport, activités équestres et organisation de bivouacs.
Les trois dernières semaines, les quatre Isérois d’adoption ont travaillé avec un employé communal de la mairie de Lepercy (38). Les adolescents ont dû trier le bois de la ferraille, creuser des rigoles de drainage d’eau, créer des sentiers en graviers afin d’éviter que les chevaux s’embourbent, ou encore débroussailler les chemins de forêt. Tout travail méritant salaire, nos quatre jeunes ont même gagné une journée au ski en construisant un pont de bois à la station de ski de Lus-la-Jarjatte.

« L’ambiance particulière oblige à casser sa carapace »
Occupés la journée, les jeunes ne le sont pas moins le soir car vivre à la "Ferme d’Esparron" nécessite une organisation draconienne. L’absence d’eau courante oblige à organiser un système manuel de récolte avec des seaux, et de se rationner pour la douche. Les repas sont préparés par le groupe. Sans électricité, les activités sont réduites : lecture et jeux de société occupent principalement les soirées.
La responsable du Centre parle d’une expérience « plus que d’une vie spartiate, ces quelques semaines étaient celles des valeurs, du rite, de la survie. Un rapport différent au temps et aux autres s’installe, c’est le temps de l’écoute. L’ambiance particulière oblige à casser la carapace, on les met volontairement dans des situations qu’ils n’ont pas l’habitude de gérer ».
Et quand on leur pose la question de définir ce qui leur manquait le plus, les adolescents sont unanimes : « Une bonne douche chaude » !
A quelques jours de la clôture de la session, l’équipe du CER a prévu de faire un bilan de sa coopération avec "Ado d’cheval". « Il est fort probable que nous renouvelions cette expérience, nous nous reverrons bientôt pour définir quelques pistes d’améliorations, notamment dans la structure du séjour ». La directrice souhaite, entre autres, organiser plus de randonnées avec des bivouacs, autant de ruptures pour mieux se connaître et avancer.
