Mazères-de-Neste ou le lieu d’une autre vie
Depuis six ans, le lieu de vie du Rouet, situé à Mazères-de-Neste (Hautes-Pyrénées), à l’abord des Pyrénées, accueille quatre à cinq mineurs sous mandat judiciaire. Entre repères sociaux retrouvés et insertion professionnelle active, les trois éducatrices œuvrent quotidiennement à l’épanouissement des jeunes qui leur sont confiés, leur inculquant aussi une certaine philosophie de vie.
Mazères-de-Neste, petit havre de paix de trois cents habitants, au pied du massif des Pyrénées. Ici, les bruits de voitures sont rares et il est quasiment impossible de faire fonctionner son téléphone portable. Imaginez une grande maison, trois éducatrices et cinq jeunes garçons, une vie en communauté qui s'impose sans être écrasante. Le lieu de vie du Rouet, pour beaucoup, c’est comme une seconde famille.
« Chacun met la main à la pâte »
A l’origine de cette réussite, il y a Josiane BAGNERIS. Elle est infirmière psychiatre depuis 25 ans et collabore régulièrement avec la Protection judiciaire de la Jeunesse quand elle décide de créer le lieu de vie du Rouet en 2002. Avec sa collaboratrice, Peggy MALVISI, elles aménagent une grande maison destinée à recevoir sur de longues périodes quatre à cinq mineurs confiés par la justice dans le cadre pénal. Elles seront rejointes plus tard par Florence CLARENS. Avec beaucoup d’émotions, elles évoquent les années passées: « Nous gardons le contact avec nos anciens pensionnaires. La vie ici est un peu familiale, la confiance fait qu’on se dit beaucoup de choses, et chacun met la main à la pâte ».
Si l’ambiance dans le lieu de vie est chaleureuse, c’est aussi grâce à la mise en place d’un système de partage des tâches à la fois équitable et incitatif : « L'argent de poche mensuel est réajusté et dépend du travail, il faut participer à la vie en communauté. Chaque jour on marque des points en faisant la vaisselle, le ménage ou encore en rangeant sa chambre. Des bonus sont même prévus pour les activités extraordinaires ».
Une stratégie d’insertion locale efficace
Dans le petit village de Mazères-de-Neste, les habitants portent un regard positif sur le projet de réinsertion de Josiane BAGNERIS qui a su tisser un réseau de partenaires locaux à même de proposer des stages professionnels aux jeunes, avec de réelles potentialités éducatives.
L’isolement, le calme de la région, sont aussi l’une des clés de cette réussite : « Au début, les jeunes qui arrivent râlent car le portable ne passe pas. Certains s’endorment avec la musique car le silence est pesant. Mais l’avantage c’est la tranquillité, l’apaisement et surtout, il y a moins de tentations qu’en ville ».
Enfin, le quotidien à la campagne permet de découvrir un mode de vie souvent inconnu des citadins. Rares sont les courses effectuées en grande surface. Grâce à leurs contacts locaux, les trois éducatrices parviennent toujours à se fournir chez des petits producteurs. Une autre façon d’approcher le monde de la consommation.
Un mode de fonctionnement « payant »
Josiane BAGNERIS ne perd jamais une occasion de parler fièrement de « ses garçons hyper intelligents » : « Il sommeille en chacun de nos jeunes des qualités insoupçonnables, il suffit, d’être vrai, de prendre le temps, d’avoir une oreille attentive et une attitude aimante pour que le miracle se produise… ».
BEP maintenance, CAP cuisine, CAP plomberie, contrat d’accompagnement à l’emploi en centres de loisir, les résultats sont bien là. Ainsi pour L…. auquel cet ensemble de repères a permis d’obtenir son brevet avec mention après deux ans de déscolarisation. « J’ai essayé une formation de deux mois pour être plombier, mais je ne suis pas très manuel. Tout ce que je voulais c’était reprendre mes études pour avoir une belle situation plus tard ».
A sa majorité le mois prochain, le lycéen quittera le lieu de vie du Rouet. La PJJ continuera à l’accompagner pour ses premiers pas vers sa vie d’adulte. Une chose est certaine, les trois éducatrices du lieu de vie ne couperont pas les ponts pour ce nouveau départ.