Le concours juridique qui captive les adolescents savoyards
Entre 400 et 500 élèves participeront cette année encore au concours organisé par le TGI d'Annecy
"Tout le monde connaît le concours, c'est un évènement local" s'amuse Christine Wauquier, vice-présidente du Tribunal d'instance d'Annecy, et organisatrice du concours depuis plus de 10 ans.
Crédits photos : Caroline Montagné - SCICOM
Se félicitant de l'inscription d'une quinzaine de classes pour l'année 2007-2008, la magistrate rappelle l'objectif du concours "le droit au quotidien" organisé par le Tribunal de grande instance d'Annecy en partenariat étroit avec la mairie d'Annecy, l'Education nationale, la Préfecture et le conseil général de Haute-Savoie.
"Il s'agit de faire connaître de façon originale aux élèves des collèges et des lycées du département le système judiciaire et de façon plus générale, découvrir la Justice et prévenir la délinquance. On part de l'idée que s'ils connaissent mieux la Justice, s'y intéressent, cela peut éviter qu'ils tombent dans la délinquance" explique la magistrate."Cela nous permet également d'aller sur le terrain expliquer notre métier. Car, pour que notre travail soit reconnu, il faut d'abord qu'il soit connu" renchérit-elle.
Madame Coccoz, professeur d'histoire-géographie au collège de Clergeon-Rumilly - dont la classe de 4ème a remporté le premier prix l'année dernière et qui participe cette année à nouveau - confirme l'intérêt pédagogique du concours.
"Les élèves ont débattu pour choisir des thèmes (le racisme, le piratage sur Internet, la violence verbale notamment) et ils ont ensuite rédigé des saynètes sous forme de sketches. A la fin de chaque petite scène, un ange symbolisant la conscience qu'on devait éveiller en chacun, faisait un réquisitoire et expliquait les sanctions" se souvient-elle.
Rappelant qu'un tuteur (magistrat, avocat ou professionnel du droit) apporte aux élèves son soutien juridique et ses conseils, Maître Charles-Emmanuel Ricchi, membre du jury depuis une dizaine d'années ajoute : "ce concours permet d'inculquer aux élèves des valeurs citoyennes, qui concourent à l'harmonie sociale. Il faut que les jeunes sachent à quoi sert la Justice et comment elle fonctionne, car la connaissance c'est la liberté" poursuit-il.
Soulignant que "la motivation de départ ne l'a jamais quitté", il remarque une évolution des types d'oeuvres présentées. "A l'origine, les élèves lisaient des oeuvres littéraires anciennes ou contemporaines et en tiraient les aspects juridiques. Ils ont ensuite créé des oeuvres intégrant les aspects juridiques. Actuellement, les jeunes ont tendance à élaborer des jeux comme "le jeu de loi" "analyse-t-il. "Chaque année, on se dit que l'on n'aura pas mieux et pourtant on est surpris par la créativité des nouvelles oeuvres" lâche, par ailleurs, Christine Wauquier.
Les sujets ont également évolué. "Alors qu'il y a quelques années les thèmes concernaient essentiellement le braquage, le vol, ils sont aujourd'hui beaucoup plus intimes. Les élèves traitent de la violence à l'école avec le racket, de la violence sexuelle avec le viol et l'inceste, ou encore de la prison" note Maître Ricchi.
Mais quelle est la récompense au fait ?"Tous les candidats ont accès aux audiences du Tribunal correctionnel ou à la Cour d'assises et bénéficient d'une matinée récréative organisée dans un grand hôtel d'Annecy et suivie d'un spectacle" explique l'organisatrice.
Quant aux deux ou trois premières classes primées, elles se rendent à Paris avec leur professeur et leur tuteur, afin de visiter le Palais de Justice et la Cour de cassation. Une visite de la Tour Eiffel est également organisée ainsi qu'une promenade en bateau sur la Seine. "Beaucoup de jeunes découvrent ainsi la capitale pour la première fois"souligne Christine Wauquier.
"Grâce à ce concours, les jeunes s'aperçoivent que l'instance judicaire est un monde vivant, qui régule les conflits constate Maître Ricchi. Même s'il ne leur reste que 5% de ce qu'on leur a appris, cela leur donnera peut-être de meilleurs réflexes" poursuit-il.