Festival du film judiciaire de Rouen : les lycéens au rendez-vous
Plus de 2 000 lycéens de seconde, première, terminale et BTS, issus de vingt-huit lycées de Seine-Maritime et de l'Eure, participent cette année à la septième édition du festival du film judiciaire.
Depuis 2003, ce festival est l’occasion pour les élèves et les enseignants de porter un regard sur la justice, son fonctionnement et ses enjeux et d’interroger la seule représentation de la justice dont disposent souvent les élèves, celle de l’image qu’en donnent le cinéma ou la télévision.

Le thème de la programmation et des débats retenu pour l’année 2010 était : « L'enquête et l'instruction » avec comme supports à la réflexion et à la discussion :
Le juge Fayard dit le shérif, d'Yves Boisset
et Dans l’ombre de Manhattan, de Sidney Lumet.
Un festival en trois temps
Les 28 et 29 janvier des professionnels du cinéma et de la justice ont partagé leurs connaissances avec les enseignants lors d’une formation leur étant destinée, occasion de pré-visionner les films retenus, de suivre des conférences sur le cinéma et la justice et de préparer le travail des élèves.
De mars à avril ont eu lieu les projections des films à destination des élèves. Certaines classes ont pu assister à des audiences correctionnelles au tribunal.
enfin, un débat entre professionnels (magistrats, avocats, policiers) et lycéens autour du thème et des films de l’année est organisé dans chaque établissement participant à l’issue d’un travail de ces derniers.
Un rapprochement entre l’éducation nationale et la justice
Cette démarche s'inscrit dans la continuité d'actions de sensibilisation des jeunes à la justice et témoigne de l'attention toute particulière que l'institution judiciaire porte aux jeunes générations.
Participer à la formation des jeunes à la citoyenneté par un rapprochement entre l’éducation nationale et la justice est un enjeu fort de ce festival. « L’idée était de montrer que la justice française est différente de celle montrée dans les séries télévisées américaines » souligne Catherine Canu-Pitois, avocat au barreau de Rouen qui intervenait, jeudi 29 avril, au lycée Lemonnier du Petit-Quevilly (76).
Un tel événement permet « d’avoir des réponses plus éclairées sur la justice », déclare Manon, élève en Bac pro Commerce. « A la télévision, rendre justice paraît plus simple : on découvre toujours les coupables, les preuves sont toujours là. Mais grâce à ces débats, j’ai vu une justice plus complexe, où l’étude de la personne passe avant la vérité du dossier » poursuit Emeline, sa camarade, élève en terminale secrétariat.
Il est vrai que Valérie Cadignan, substitut général à Rouen, prend le temps d’expliquer de manière pédagogique et accessible les grands thèmes judiciaires soulevés par les élèves. Ainsi, les fondamentaux sont abordés : distinction entre matière civile et matière pénale, description des différents degrés de juridiction, définition du magistrat « les magistrats sont une grande famille divisée en deux clans : les juges (assis) et les procureurs (debout) » mais aussi : tentative de corruption de magistrat, présomption d’innocence, garde à vue, perquisition, etc... L’exposé des intervenantes est efficace, l’intérêt du jeune public pour les questions de justice est indéniable. Rapidement les professeurs doivent instituer un ordre de parole afin d’éviter que les interrogations spontanées des lycéens ne s’entrechoquent. Puis, les grands thèmes laissent place aux cas concrets d’actualité, l’exercice imposant la réactivité.
Un festival qui favorise l’éducation à la citoyenneté.
Selon Rachida Zekouti, enseignante en lettres et en histoire au lycée Lemonnier, l’idée est aussi de montrer que la justice concerne tout le monde. « Beaucoup de mes élèves proviennent d’une famille monoparentale et par là sont en phase avec la justice civile. On a des droits mais aussi des devoirs et il est important de le rappeler aux adolescents ».
Cette septième édition du festival du film judiciaire a permis aux lycéens d’avoir un meilleur accès à la citoyenneté et de les informer sur le fonctionnement du système judiciaire. Un festival qui a en outre permis à certains de conforter leur choix professionnel. Ainsi, Laura, élève en Bac Pro Secrétariat, rêve plus que jamais de devenir policière.
Cette aventure pédagogique, montée par la cour d’appel de Rouen en partenariat avec le rectorat, a rencontré un franc succès cette année grâce à une démarche volontariste de tous les intervenants. Vivement 2011 !