Cinéjeunes, le festival qui sensibilise les adolescents au droit
Premier du genre en Gironde, il a rassemblé début décembre plus de 400 jeunes
Le festival Cinéjeunes dont l'intitulé "De quel droit tu me parles ?" joue sur les mots, s'est déroulé au cinéma de Libourne du 3 au 7 décembre. Financé par le Conseil départemental de l'Accès au droit (CDAD) de la Gironde avec le soutien du Conseil général et de la Ville de Libourne, ce festival organisé par le CDAD de la Gironde et l'association INFODROITS, a permis à plus de 400 collégiens et lycéens de l'agglomération libournaise, d'assister à des projections de films, suivies de débats, mettant en perspective les droits et obligations des jeunes. Récit de la semaine.

Festival Cinéjeunes - Damien Arnaud
Même si la projection des films a le plus souvent débuté vers 8h30, la plupart des élèves étaient présents. Il faut dire qu'ils avaient la possibilité de regarder gratuitement des films et de débattre ensuite avec des professionnels de la Justice de ce qu'ils venaient de voir. Chose plutôt rare.
Chaque film projeté évoquait un thème du droit ou de la Justice. Les élèves ont ainsi découvert le film de Raymond Depardon, "10ème chambre, instants d'audience", sur la Justice pénale ou "Ressources humaines" de Laurent Cantet au sujet du droit du travail, "La ferme aux animaux" de John Halas et Joy Batchelor, sur le thème de la citoyenneté et l'égalité des droits ou encore des courts-métrages soulignant les différents types de discriminations.
Un vrai débat
Suite à la projection des films, un vrai débat s'est instauré. "Si on insulte un élève, peut-on aller en prison ?" interroge un adolescent à l'issue de la projection du film de Raymond Depardon. "Non" assure Laurent Gebler, Vice-président du tribunal de grande instance de Libourne, un brin ironique ... "si cela se passe ainsi dans le film, c'est parce que les personnes victimes (les pervenches) sont détentrices de l'autorité publique".
"Y a-t-il une différence entre une infraction commise par un majeur et par un mineur ?" questionne un autre élève. "La peine encourue pour le mineur est au maximum la moitié de celle encourue par un majeur" a alors expliqué le magistrat.

"Comment peut-on défendre un violeur ?"
Une jeune fille a ensuite demandé à l'avocat présent "comment peut-on défendre un violeur ?". Maître Lentignac, rappelant que "défendre, cela ne veut pas dire adhérer ni justifier", a indiqué que "tout le monde a le droit d'être défendu" et que "le plus souvent la personne a reconnu les faits. Mon rôle consistera donc à expliquer le cheminement de mon client, et à travailler à l'avenir, l'aider notamment à demander pardon".
La projection du film "La ferme des animaux", fable des années cinquante qui met en scène des animaux et critique l'inégalité des droits, a suscité autant de réactions. Emilie, 16 ans, élève au lycée Max Linder de Libourne l'a beaucoup apprécié. "Même si c'est un vieux film, j'ai aimé" a-t-elle déclaré. "Surtout la chute du film, les animaux sont tous égaux mais certains le sont plus que d'autres" a ajouté Amélie, une autre lycéenne libournaise.
Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen
Ce débat a également permis à Madame Guiroy, substitut du Procureur, de rappeler que "la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen de 1789 a fixé de façon indélébile les principes d'égalité". Madame Saux, membre de la Ligue de l'enseignement de la Gironde a quant à elle tenté de faire passer l'idée que la vie associative "permet de s'impliquer, de défendre des valeurs et d'agir sur son environnement proche".
Tous les participants ont salué la création de ce festival. Les enseignants d'abord, à l'instar d'Elisabeth Rodas, professeur d'Allemand au lycée Max Linder qui a estimé que "ce type de manifestation permet aux élèves - au lieu d'avoir un cours magistral d'éducation civique - de rencontrer des professionnels du droit, qui connaissent le terrain".
"Savoir comment mieux informer les jeunes"
L'avis des professionnels ensuite. "Cela permet de savoir comment mieux informer les jeunes et de répondre aux actes que l'on peut rencontrer dans nos juridictions" a expliqué Bérangère Raffy, substitut du Procureur au tribunal de grande instance de Libourne (chargé du pôle anti-discrimination), suite à la projection des courts-métrages traitant de la discrimination.
Les élèves ont également apprécié l'initiative de ce festival. Comme Benjamin, 14 ans, élève de quatrième au collège Atget : "les courts-métrages étaient bien ficelés. C'est bien de parler de discriminations" a estimé cet adolescent qui se déplace le plus souvent en déambulateur. "Je pense qu'il faudra réaliser de telles projections un peu plus souvent" a-t-il poursuivi.
A quand la prochaine séance?
